Ghislain, peux-tu nous raconter votre rencontre avec le Why ; quand et où a-t-elle eu lieu ?

Je dis souvent que le WHY est un vieux bateau neuf, car lorsqu’on l’a acheté avec Emmanuelle, cela faisait 30 ans qu’il avait été mis en chantier, et il n’avait pourtant jamais navigué.

Notre histoire avec lui a commencé en 2010, quelques mois après notre retour du pôle sur UTPI. Nous souhaitions poursuivre nos expéditions de plongée en Arctique, mais depuis un bateau cette fois-ci, car si l’expédition que nous venions de boucler au pôle n’avait été réalisable qu’en ski-pulka, arpenter les mers, les détroits et les fjords du Groenland ou du Canada nécessitait une toute autre logistique. Il nous fallait un navire, capable d’embarquer une équipe d’une dizaine de personnes et beaucoup de matériel. Un navire adapté à la navigation polaire.

Évidemment, ce serait un voilier, pour son autonomie, son indépendance et son élégance. Nous avions le cahier des charges, le projet – qui allait devenir UTPII – était en cours d’écriture, aussi, nous nous sommes mis à chercher, et à rêver… Car un tel bateau d’expédition est rare et cher.

C’est notre ami Sam qui un jour nous téléphona pour nous inviter à venir le rejoindre sur le chantier naval de Port Lavigne à Nantes, où il préparait son nouveau voilier avec son amie Marion, pour un tour du monde.

Il y avait là, une sacrée coque posée au sol, manifestement à l’abandon, qui se distinguait par ses formes et sa taille. Nous nous y rendîmes par un jour de pluie battante. Je me souviens arriver en cherchant notre chemin, rentrer dans le chantier et rouler au pas parmi les bateaux et le voir, devant nous. Je savais que c’était lui, car il correspondant en tous points à la description de Sam et effectivement, il n’y en avait pas deux pareils.

Le Why à sec en 2013, à Nantes © Under The Pole

Après trois ans de discussions, de prospections financières, de négociations, nous acquérions le Why en avril 2013.

A l’issue d’un premier chantier à Nantes, le WHY fut mis à l’eau devant une belle assemblée.

J’en avais les larmes aux yeux.

Nous avons descendu la Loire et pour la première fois, le WHY a pris le large pour Concarneau, son nouveau port d’attache.

Le Why tout juste arrivé à Concarneau, au petit matin du 26 mai 2013 après une belle navigation depuis le port de Nantes
© Under The Pole

Depuis, le WHY nous est fidèle. C’est un formidable voilier d’expédition, avec Emmanuelle, nous nous le disons tous les jours.

Le Why et la banquise
© Lucas Santucci / Under The Pole

Comment préparons-nous un bateau d’expédition polaire à des navigations tropicales ?

Comment allons-nous supporter la chaleur à bord du WHY ? Ou plutôt, quelle protection va-t-il nous offrir contre le soleil des tropiques ?

Voilà les deux grandes questions que l’on se posait depuis toujours. Et de quelles adaptations ou nouveaux équipements allions nous avoir besoin ?

En prévision, nous avions installés l’année dernière un congélateur particulièrement bien isolé ainsi qu’un réfrigérateur. La base d’une préparation à un voyage au chaud en quelque sorte.

Sur le dernier chantier à Sitka, nous avons remis en route le désalanisateur après avoir complètement revu son installation. Le nec plus ultra des améliorations faites fut l’installation d’un douchette sur le pont, comme le symbole d’une expédition qui tourne (temporairement) le dos aux régions froides de notre globe pour se rapprocher de ses eaux les plus chaudes.

Nous avions vu juste, car après quelques semaines entre Tropiques et Equateur, ces améliorations se sont toutes trouvées indispensables ou appréciées. En plus de cela, nous avons profité de notre escale Hawaiienne nous nous sommes équipés de deux larges glacières américaines et commander un taud pour se protéger du soleil – il recouvrira tout le pont dès le mois de juillet.

Enfin, un nouveau congélateur dédié aux échantillons scientifiques sera installé ce mois-ci.

Finalement, il est plus facile de passer du froid au chaud que l’inverse et c’est – dit-on – la même chose en matière de plongée.