26 mars 2010 – Under The Pole I – Emmanuelle, Ghislain, Kayak et 6 équipiers sont déposés en Twin Otter sur la banquise de l’océan glacial arctique afin d’y documenter la face sous-marine.
Le camp de base logistique est alors situé à Resolute Bay au Canada.

9 août 2017 – Under The Pole III – 2 expéditions et 7 années plus tard ; Emmanuelle, Ghislain et l’équipage du WHY font escale à Resolute Bay.
Emmanuelle nous livre ses sentiments sur cette étape singulière.

  • 7 ans après, quel souvenir gardes-tu de Resolute Bay ?

Ce fut tout d’abord étonnant et émouvant de retrouver Resolute. Il y a 7 ans, lorsque nous avons quitté le village, nous ne pensions pas revenir avec notre bateau, nos enfants et dans ce cadre-là.
On n’avait jamais osé imaginer revenir ici un jour.
Revenir par la mer et en été est complètement différent. Ce n’est pas du tout le même décor, pas du tout les mêmes paysages. En 2010, il faisait nuit et très froid (-30°C), les montagnes étaient recouvertes de neige et la banquise entourait le village.

On reconnaît les bâtiments, on reconnaît les gens. On a retrouvé plusieurs personnes que l’on connaissait. Ça va de la compagnie qui s’occupe de la logistique aérienne du pôle Nord (Kenn Borek), aux pilotes, ainsi que les hôtels qui font la logistique autour des expéditions polaires.

J’ai trouvé moins jolie Resolute Bay l’été, sans doute parce que pour moi c’est un village qui est fait pour les départs d’expéditions polaires, perdant alors tout son sens en été.
En hiver, tout évoque les expéditions polaires là-bas, les Twin Otter, les DC-3, les gens qui font la logistique, il y’a souvent plusieurs personnes qui se préparent pour des expéditions sur la banquise, il y’a les chiens qui sont attachés, les Inuits en période de chasse. Il y’a vraiment une ambiance qui est très différente. J’ai eu le sentiment que l’ambiance était légèrement plus triste en été mais ce fut un très bon moment de revenir ici.

Emmanuelle et Ghislain devant le DC-3 qui les emmena près du pôle Nord en 2010 – © Franck Gazzola

  • Aviez-vous coché Resolute Bay comme une étape importante lors de la préparation d’UTPIII ?

Resolute Bay pour UTPIII, ce n’est pas tant une étape de logistique importante ou de préparation.

Cette étape marque réellement notre entrée dans le passage du Nord-Ouest. Resolute Bay est le point de départ vers le « Peel Sound » qui est souvent très chargé en glace. Le passage et les difficultés commencent réellement ici.
De par notre expérience passée sur UTPI, nous connaissions l’endroit et ce que nous pouvions y trouver.
On savait que l’on avait envie de revenir à Resolute 7 ans après. C’est vraiment en arrivant au mouillage et en revenant sur nos pas qu’on a retrouvé nos sensations de l’époque.
Ça nous a vraiment remémoré les souvenirs d’UTPI, c’était assez fort de ce point de vue là.

Le DC-3 devant les hangars de la compagnie Kenn Boreck – © Franck Gazzola

 

  • Quelle anecdote particulière peux-tu nous livrer sur Resolute ?

Pas mal d’anecdotes au final, mais la plus drôle étant celle concernant Kayak.

Un soir, 2 jours avant notre départ pour le pôle Nord, Ghislain a lâché la laisse de Kayak en se promenant dans Resolute. Kayak qui avait tout juste un an est partie en un éclair. Tous les chiens se sont mis à hurler dans le village, on a eu peur d’une part qu’il se fasse attaquer et d’autre part qu’il se perde.

Finalement on l’a retrouvé à la lisière de la banquise en train de ronger un tibia de boeuf musqué. Il était comme un dingue. On l’a donc récupéré et ramené à l’hôtel. Kayak marchait fièrement avec son os dans la bouche. Une fois arrivé devant l’hôtel et avant d’y entrer, il s’est mis à creuser frénétiquement afin d’enterrer son os. À chaque passage devant l’hôtel, il voulait le déterrer, finalement nous sommes partis 2 jours après pour le Pôle.

47 jours plus tard, nous rentrons sur Resolute et allons de nouveau au même hôtel. La première chose que fait Kayak une fois devant l’hôtel, il déterre son os.
À ce moment-là, j’ai vraiment pensé qu’il avait marché 47 jours sur la banquise en pensant à cet os enterré. C’est l’anecdote la plus drôle. J’aime penser à la comparaison dans Astérix et Cléopâtre où Idefix marche dans les pyramides en pensant à son os.

La deuxième anecdote sur Resolute et Under The Pole III, c’est Tom qui vient d’y faire ses 3 premiers pas. Le petit mousse du bord a encore besoin de temps pour réellement marcher, mais il aura cependant réalisé ses premiers petits pas ici.

  • Comment le dérèglement climatique est-il perçu ici ?

La compagnie aérienne Kenn Boreck nous a confirmé que les conditions de glace ces dernières années empêchaient énormément la logistique vers le pôle Nord. Ça a évolué négativement depuis notre passage en 2010, la glace est plus fine à période équivalente.
Par ailleurs, il se souvenait parfaitement de notre expédition et du défi qu’elle représentait pour eux. La difficulté était de déposer 8 personnes avec beaucoup de matériels très tôt dans la saison. C’était la première fois qu’il faisait atterrir un DC-3 à cette saison aussi près du pôle.

Le manager de l’époque que l’on a revu à Resolute nous disait qu’il était vraiment très fier de ce qu’il avait accompli avec nous à cette époque-là. Il nous a indiqué qu’il n’avait jamais retenté un tel atterrissage et qu’il serait vraiment compliqué, voire impossible à réitérer aujourd’hui à cause de cette glace moins épaisse.

Intérieur du DC-3, avion de logistique polaire – © Franck Gazzola