Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Aldo Ferrucci, je suis Italien et moniteur de plongée professionnel. J’ai commencé la plongée assez jeune avec la pratique de l’apnée. C’était facile pour moi étant donné que j’habitais à la mer, j’avais juste à prendre mon masque et mes palmes pour allez voir ce qu’il y avait sous l’eau.

À 18 ans, tout à fait par hasard, alors qu’on me propose un petit boulot de nettoyage de coque, je commence à mettre des bouteilles de plongée sur le dos. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à plonger régulièrement. Quelques années plus tard, j’ai passé mon premier brevet puis j’ai continué à me former. À cet époque ce n’était pas mon activité principale, mais un loisir.

À l’âge de 35 ans, c’est devenu mon activité majeure. Alors que j’étais en voyage aux États-Unis pour le DEMA, j’ai découvert le Nitrox, le Trimix et le recycleur. J’ai été envoûté et j’ai commencé à plonger en Nitrox puis en Trimix et j’ai pris mon premier cours en recycleur semi-fermé Dolphin en 1995. J’ai eu la chance de participer à plusieurs projets de télévision et de cinéma (Océans, Thalassa, Ushuaia). Mon expérience en recycleur m’a permis de participer à ces différents projets en tant que responsable de plongée sur des sites aux conditions spécifiques.

Aldo Ferrrucci © Franck Gazzola / Under The Pole

Quel est ton rôle sur Under The Pole pour ces quelques semaines à bord du WHY ?

Mon histoire avec Under The Pole a commencé au salon de la plongée de Paris où j’ai rencontré Ghislain et Emmanuelle. Ils m’ont demandé mes disponibilités pour faire des formations de plusieurs niveaux jusqu’à très avancé. Nous avons été au-delà des limites de certification avec des plongées jusqu’à 100, 120, 130 et 150 mètres de profondeur. Par ailleurs, vivre 24/24h avec les personnes permet d’avoir plus de temps pour discuter, poser des questions et s’assurer que le message et les informations passent de façon correcte. C’était une expérience extrêmement intéressante.

© Franck Gazzola / Under The Pole

Comment perçois-tu les recycleurs aujourd’hui ?

La plongée en recycleur est un marché en grande évolution par rapport à la plongée conventionnelle qui est restée statique. Ça intéresse bon nombre de personnes expérimentées, mais on voit apparaître de plus en plus de profils avec moins d’expérience qui souhaite changer leur façon de plonger.

Les évolutions majeures dans ce secteur ont été l’arrivée de l’électronique qui est devenue extrêmement fiable avec du matériel fabriqué spécialement pour les recycleurs, ce qui n’était pas le cas quelques années auparavant. Il y a eu une évolution très rapide. En 2008, c’était encore la « préhistoire » si l’on compare avec maintenant. Il y a des évolutions positives au niveau de la sécurité et de la formation.

Il y a donc une fiabilité et une sérénité plus importante. Les avantages sont tout d’abord le bruit; en dessous c’est le vrai monde du silence, il n’y a pas de bulles. Il y a un réel contact avec la nature et parfois avec toi même. Tu te retrouves au milieu du bleu, tu te détends, tu ne fais qu’un avec toi même, seul et sans poids. C’est très beau à faire.

Dans le cinéma et la photographie, il y a l’avantage de rester longtemps sans faire ni bruit ni bulles – les poissons sont moins craintifs.
Pour l’aspect scientifique, c’est génial ! Les observations sont plus longues et plus profondes sans un lourd équipement de désaturation. Cette nouvelle façon d’appréhender le milieu induit une meilleure compréhension et de nouvelles connaissances en perspectives.

Je pense que les améliorations venir porteront sur la qualité, la légèreté et la simplicité d’utilisation pour que le plongeur lambda ne soit pas impressionné par une usine à gaz.

© Aldo Ferrucci / Under The Pole

Quels sont tes plus beaux souvenirs de plongée ?

Chaque plongée est différente, mais la plus belle pour des raisons personnelles était ma première plongée sur le Andrea Doria, ancien fleuron de la flotte commerciale italienne qui a coulé au large de New-York. Après avoir vu un documentaire à la télévision, je me suis dit qu’un jour j’irais plonger dessus. À l’époque, je ne plongeais même pas, j’étais loin d’imaginer ce rêve devenir réalité. En 2000, finalement j’ai réussi à plonger sur l’épave. Cette dernière était assez endommagée à cause des pilleurs qui ont volé toutes les oeuvres d’art que le bateau transportait, la visibilité assez faible, mais l’émotion était bel et bien au rendez-vous.

Pour terminer, peux-tu nous raconter un moment fort et une anecdote vécue à bord durant ce mois de juillet ?

Ce fut 3 semaines intenses de travail, de partage, de relation avec les personnes à bord. La sensation la plus belle fut de voir les sourires de tout le monde à la fin de la plongée et en fin de formation. Voir des sourires à 360°, c’était vraiment beau !

Un autre moment particulier fut la plongée profonde avec Julien & Ghislain, on ne s’attendait pas à voir ce spectacle à ces profondeurs; plus on allait profond et plus on imaginait une rarification de la vie. Entre 60 et 90m, il y avait peu de vie, après les 90 un autre horizon s’ouvre et nous avons observé un environnement rare d’accès ! Nous avons observé des espèces que je n’avais jamais vu et qui n’apparaissent pas dans nos livres d’identifications. Au-delà de cette plongée, j’ai adoré cette ambiance, ces couleurs, cette transparence. À 120m, on voyait la lumière du soleil, c’était incroyable. Ce mois de juillet à bord fut une expérience de vie et de partage magnifique.

© Franck Gazzola / Under The Pole