Upernavik le 28 juillet

Le WHY file à sept nœuds sous grand voile et deux génois entre les icebergs. Derrière nous s’éloignent les côtes groenlandaises. Mon cœur est serré de quitter à nouveau ce lieu que j’aime tant. Peut-être aussi à l’idée de la navigation qui nous attend : l’atterrissage incertain à Pond Inlet, le passage du Nord-Ouest ensuite. Nous repartons en territoire inconnu. Ce premier mois d’expédition a filé entre retrouvailles, plongées scientifiques, tournage du documentaire et la vie du bord. J’ai l’impression d’être arrivée hier. Retrouver nos amis d’Uummannaq et d’Ikerasak est certainement ce que j’attendais le plus dans cette première partie d’expédition : parler (sommairement) cette langue que j’affectionne tant, présenter notre petit Tom, échanger les nouvelles et partager le plaisir simple d’être ensemble. Il y a chez les groenlandais une chaleur humaine, une bienveillance de chaque instant : on se réjouit des choses simples telles qu’une belle météo et on rit des problèmes les moins graves. Avec eux, j’ai souvent l’impression de ré-apprendre à économiser mon énergie !

© Gaël Lagarrigue

La saison est plutôt froide pour un mois de juillet et c’est peut-être aussi pour ça que l’eau est restée claire. Les plongées s’enchainent avec ce nouvel et excitant objectif de la recherche d’espèces fluorescentes et bioluminescentes. A bord pour trois mois, Marcel Koken, chercheur au CNRS, est à l’origine de ce programme. Il plonge, récolte et fait ses premières observations à bord du WHY puis échantillonne pour poursuivre les recherches une fois revenu à son laboratoire en France. Cela demande aussi de constants ajustements en terme d’organisation, de matériel et les journées sont longues. Nous avons régulièrement l’occasion d’admirer le soleil de minuit ! Nos efforts sont récompensés et nous remontons bientôt nos premières espèces fluorescentes.

Ce premier leg arctique a comme particularité d’être assez court – quatre mois en tout – et de couvrir de grandes distances de navigation. Le défi des prochains mois sera de trouver le juste équilibre entre navigation et plongées.

© Gaël Lagarrigue

Un banc de phoques vient nous saluer furtivement. Mes pensées reviennent à la navigation que nous entamons. Nous avons un problème avec notre antenne satellite qui nous a contraint à la renvoyer en France. Nous devrons attendre le Canada pour en recevoir une autre. La dernière météo que nous avons téléchargée laborieusement donne des prévisions idéales, du vent modéré et portant, mollissant à l’arrivée quand nous pénètrerons dans la zone de glace. Les cartes de glaces confirment la tendance des derniers jours : la banquise fond rapidement à l’entrée du fjord de Pond Inlet. Il n’y a presque aucun doute que ça passera dans trois jours. Tous les feux sont au vert, décision est prise de partir. Tous les membres d’équipage essaient leur TPS (combinaison de survie) et nous répartissons les rôles à bord en cas d’évacuation. J’ai un petit pincement au cœur en voyant mon Robin dans sa combinaison et Tom, trop jeune pour en avoir une à sa taille. Des affaires chaudes et un sac de couchage sont mis de côté pour lui si le pire devait arriver. Le vent se lève un peu plus et nous enroulons un génois. On se tourne vers la Terre et on lance un « Takuss* Groenland ! ».

*Au revoir

 

© Gaël Lagarrigue