Baptisé en plongée sous-marine chez mon oncle en Guadeloupe à l’âge de 7 ans et vivant à la Réunion pendant toute mon enfance, j’ai eu l’habitude et la chance de passer énormément de temps dans le lagon et sur la barrière de corail. Equipé de mes palmes, de mon masque et accompagné par mes frères c’est seulement au bord de l’hypothermie que nous daignions quitter noter terrain de jeu favori !

Julien Leblond © Aldo Ferrucci / Under The Pole

Observer la vie marine, chercher à dénicher les organismes qui s’y cachent, tenter de résoudre des mystères incroyables comme par exemple la faculté des « zourites » (poulpes) à changer de couleur et de forme en un éclair… a occupé une bonne partie de mon enfance. Une fois mon Bac S en poche la suite logique m’a conduit à mener des études de biologie marine et valider un Master Recherche au Centre d’Océanologie de Marseille. Convaincu à son terme que je n’étais pas destiné à la recherche pure, trop souvent cantonnée aux laboratoires et ordinateurs, j’ai alors repris un Master Pro en Ingénierie en Ecologie et Gestion de la Biodiversité à l’université de Montpellier 2. J’ai effectué mon stage chez Andromède Océanologie ou j’ai découvert le travail de bureau d’étude et la pratique du recycleur. Après avoir validé mon BEES 1 au CREPS de Montpellier j’ai été nommé responsable de l’école de plongée de Laurent Ballesta, dont l’activité principale reposait sur la formation et la transmission de connaissances en biologie marine, et je suis devenu instructeur sur recycleur.

Julien Leblond © Maxime Horlaville / Under The Pole

La première fois que j’ai croisé Ghislain et Manue c’était à cette période, sur un bateau en Méditerranée, il y a près de 10 ans. Un support à priori bien adapté pour ce couple d’explorateurs passionnés de plongée, de voyage, et de navigation… Nous étions en mer, dans le secteur d’Antibes, pour une campagne de plongées scientifiques et l’idée était de partager nos techniques et notre expérience sur quelques-uns des plus beaux sites de la côte.

Déjà embarqués à l’époque, avec un programme de plongée à faire pâlir les férus de profondes en Méditerranée…c’était de bonne augure pour la suite de nos aventures.

Julien Leblond © Ghislain Bardout / Under The Pole

J’ai continué à me former tout au long de ces années, je suis devenu DEJEPS plongée, plongeur CCR trimix hypoxique puis instructeur de plongée technique (aux mélanges, recycleur, etc) chez IANTD, une des écoles les plus exigeantes dans le domaine. Installé à La Ciotat pendant 3 ans j’ai enseigné ces disciplines et en parallèle participé à des missions de suivi et d’expertise scientifique dans l’Océan Indien et en Indonésie principalement.

Under The Pole faisait partie des expéditions que je suivais mais considérant mon background de plongeur d’eaux chaudes à tempérées l’idée de les rejoindre dans le grand Nord me « refroidissait » encore un peu pour le moment… c’est alors que Ghislain m’a contacté pour me proposer de prendre part au leg Polynésie en tant que binôme profond et co-directeur de plongée.

Je n’avais pas encore eu l’occasion de plonger dans le Pacifique et cette destination m’attirait comme de nombreux plongeurs depuis longtemps. La perspective de belles explorations aurait presque pu à elle seule me convaincre d’accepter sa proposition, mais la qualité du programme scientifique envisagé a scellé ma décision. Ghislain a su me convaincre car au-delà de l’excitation liée aux « vraies » premières, là ou personne n’est encore allé, la route suivie et la qualité des chercheurs impliqués rendait l’expédition passionnante. Pour illustrer mes propos je peux notamment citer la présence à bord du WHY de M. Michel Pichon, spécialiste mondial des coraux mésophotiques et véritable puits de science, ayant navigué sur tous les océans du globe aux côtés des plus grands depuis près de 50 ans !

Dernier élément pesant dans la balance, le tournage de plusieurs documentaires ajoutait un volet très intéressant à l’expé. L’équipe de tournage rencontrée en partie au salon de la plongée ou connue depuis quelques années était composée de personnes très compétentes, facile d’accès et largement ouverte au partage.

Une fois décidé j’ai rejoint Tahiti début juillet, juste avant l’arrivée de la « team de Concar » et la formation en cascade des plongeurs de l’équipe par Aldo Ferrucci. La période était propice aux rencontres sous marines et les îles de la Société ont tenu toutes leurs promesses que ce soit pour les baleines à bosse, les globicéphales, les requins de récif et même le grand requin marteau « mokarran » que nous avons croisé par 65m de fond à Raiatea.

Depuis nous avons rejoint les Tuamotus et effectué plus de 50 plongées dans la zone des 100m, cela représente plus de 150h d’immersion et 5km d’exploration verticale! Ici les seigneurs des lieux sont les Mokarran, tigres, bancs de raies léopard ou mantas. Ils tiennent à se faire remarquer quasiment à chaque plongée… ou ils viennent simplement patrouiller et contrôler qu’on ne passe pas trop de temps dans leur jardin!

Cela fait maintenant cinq mois que j’ai rejoint l’expédition et j’ai appris à connaître tout le monde à bord au fur et à mesure des semaines. Chaque membre de l’équipage à un rôle déterminé mais participe à l’ensemble des taches inhérentes à la vie de bord. C’est un peu cliché à écrire mais l’accueil que j’ai reçu et les valeurs véhiculées par ces gens font un bien fou. Le partage, l’entraide, la conscience environnementale, etc. sont essentiels et la vie semble assez simple malgré la charge de travail quotidienne.

Nous avons partagé des moments inoubliables sur et sous l’eau par le simple fait d’être dans des endroits difficilement accessibles ou impossibles à plonger comme nous le faisons, pendant des heures et très profond… jusqu’à 174m pour la plongée la plus engagée que nous ayons réalisée.

Cela a été un long travail de préparation et d’entraînement avant d’être parfaitement opérationnels pour travailler à ces grandes profondeurs. Nous transportons avec nous beaucoup de matériel, il faut être efficace au fond car chaque minute passée compte réellement du point de vue de la décompression. Le but de cette plongée n’était pas d’en faire un record personnel mais bien d’aller chercher à quelle profondeur vivent les derniers spécimens de coraux mésophotiques qui intéressent tant les scientifiques. Nous leur avons remonté des organismes prélevés entre 165m et 162m et attendons avec impatience leurs retours. Bien que la profondeur atteinte cette fois-ci, près de trois fois la profondeur maximale autorisée à l’air en circuit ouvert (60m) en France, soit bien au-delà de notre zone de travail habituelle l’engagement de cette plongée a été limité par une durée de décompression assez proche de celle que nous nous autorisons par moins 120m. Nous sommes allés plus profond mais nous y sommes restés moins longtemps ce qui nous a conduit à faire une plongée de 4 heures d’immersion au total. Nous étions parfaitement préparés et tout s’est déroulé comme prévu. Personnellement une pointe d’excitation supplémentaire liée à l’inconnu m’a accompagnée mais nous savions ce que nous faisions et nous l’avons bien fait.

Je rentre très prochainement à Sydney retrouver ma chérie, des souvenirs plein la tête et prêt pour de nouvelles aventures. Ma première page d’UTP se referme mais il en reste assurément de nombreuses à écrire…

Julien Leblond © Franck Gazzola / Under The Pole