Le WHY et son équipage naviguent depuis plusieurs mois dans le mythique passage du Nord-Ouest. Emmanuelle et Ghislain nous parlent de cette navigation si particulière.

  • Pouvez-vous décrire les conditions de navigations auquel le WHY a été confronté jusqu’à présent ?

Le WHY a connu beaucoup de différentes conditions de navigation. Les évènements climatiques se sont succédés et combinés : vent, houle, brouillard, icebergs et banquise ont marqué notre quotidien.
La difficulté des navigations polaire est le cumul des mauvaises conditions, par exemple lors de notre traversée de la baie de Baffin. Alors que nous étions en approche de la côte et d’une zone de banquise épaisse, la brume s’est levée et le baromètre a chuté indiquant l’arrivée d’un coup de vent. Le suivi des cartes de glace associées aux prévisions météo nous ont permis de gérer cette situation délicate en étant toujours dans une zone dont nous pourrions sortir.

Quelques semaines plus tard, nous nous sommes engagés dans le Peel Sound, qui était encore largement pris par la banquise. Nous savions que c’était une histoire de quelques jours avant que ça se dégage et nous voulions être là quand ça s’ouvrirait. Nous avons passé trois jours coincés dans la banquise, très loin de tout, à plonger et observer des ours polaires. La situation aurait pu être mauvaise si nous n’avions pu rejoindre un mouillage pour nous abriter à temps d’un coup de vent.

Actuellement, nous passons le détroit de Béring dans des conditions de vent et de mer assez forte. Mais nous sommes au portant !

Le passage du Nord-Ouest et les régions polaires en générale se méritent ! Ce sont des zones qui demandent de la rigueur et de l’anticipation, parfois un peu de courage aussi !

Emmanuelle en manoeuvre de voile – © Gaël Lagarrigue

  • Comment planifie-t-on une navigation à travers la banquise dérivante ?

On anticipe tout au maximum. Avant chaque navigation, on prend une météo et des prévisions. Nous comparons différents modèles afin de recouper les informations et qu’elles soient le plus fiables possible.

Plus que jamais dans ces régions, il faut avoir des combinaisons de survies pour l’ensemble de l’équipage et un complément de matériel adapté en cas de survie : fusils, duvets, téléphone satellite…

La carte des glaces, téléchargée tous les jours dans les zones de forte concentration, nous indique l’évolution de la banquise : son épaisseur, sa concentration, son âge. Ces indications sont données sur la carte par le « code de l’oeuf ».
Cette année nous avons traversé des étendues de banquise allant de 1/10 à 9/10 (dans le Peel Sound lorsque nous étions bloqués).

Carte des glaces – Concentration en glace pour le Perry Channel le 21 août 2017

  • Quelles sont les consignes de sécurité en navigation ?

Dès qu’il y a du vent et de la mer, on se longe sur les lignes de vie du bateau pour chaque déplacement. Nous portons également des brassières de sécurité avec lampe et sifflet intégrées.
Les quarts sont constitués de deux ou trois personnes et se relaient toutes les deux ou trois heures. Nous préférons faire des quarts courts, mais avec un niveau de vigilance élevé.

Quand la banquise se densifie, un équipier monte dans le nid de pie, afin de chercher aux jumelles un passage. Nous naviguons à vitesse réduite afin d’éviter d’abîmer le bateau quand nous sommes au contact du pack.

  • Pourquoi avoir choisi le Peel sound et pas une autre voie de navigation ?

Bonne question ! Notre stop à Resolute Bay a marqué pour nous le début du passage du Nord-Ouest et des complications. Avant d’emprunter le Peel Sound, nous avons fait le plein du bateau ; nourriture, fioul, eau et gaz.

Cela aurait été plus simple de passer par le détroit de Bellot. Le Peel Sound n’aura pas été facile, mais il aura marqué notre passage. Par ailleurs, il nous aura permis de faire de multiples rencontres, notamment avec les ours polaires.

Le WHY pris dans le pack – © Franck Gazzola

  • Quelles sont les dates pour franchir le passage du Nord-Ouest ?

Pour franchir le passage du Nord-Ouest, il faut compter environ un mois en fonction des conditions. Nous sommes partis début août de Pond Inlet. Les glaces étant accumulées dans le Peel Sound, il était inutile de s’y aventurer plus tôt.
Une fois le Peel Sound franchi, c’est la course contre la montre pour quitter Gjoa Haven et éviter les grosses tempêtes automnales de la mer de Béring. Le timing est serré !

Le passage est loin d’être une autoroute même si, lorsqu’on lit les récits d’Amundsen et de McClintok, on voit que les conditions ont beaucoup évolué.

  • Quelles vont être les conditions de navigation future ?

Nous sommes actuellement dans le détroit de Béring. Les conditions ne sont pas faciles, mais restent maniables. Nous serons soulagés d’en partir et de rejoindre l’île de Kodiak.
Nous chercherons le meilleur endroit pour hiverner le WHY pendant l’hiver, sûrement à Kodiak ou plus au Sud si les conditions météos nous permettent de rejoindre Sitka.

Le WHY dans les vagues – © Franck Gazzola