Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Michel Pichon, Ingénieur Agronome, (Paris), Docteur en Océanographie, Docteur des Sciences (Marseille), Diplômé en Océanographie de l’ORSTOM, Officier dans l’ordre des Palmes Académiques, j’ai commencé ma carrière de chercheur Océanographe dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien, et me suis spécialisé dans l’étude des récifs coralliens , et plus particulièrement des coraux récifaux. J’ai passé la plus grande partie de ma carrière en Australie, d’abord comme Professeur de Biologie marine a James Cook Université, puis comme Directeur Adjoint de l’Institut Australien des Sciences de la Mer, (Townsville), avant de la terminer comme Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Laboratoire de Perpignan). J’ai dirigé plusieurs équipes de recherche et de nombreuses expéditions dans les zones récifales-clés de l’Indo-Pacifique, et ai effectué des recherches en coopération avec des équipes françaises, américaines australiennes et japonaises. Au cours des dernières années, je me suis spécialisé dans l’étude des milieux récifaux mésophotiques et des coraux symbiotiques de profondeur.

Michel Pichon © Franck Gazzola / Under The Pole

Quel est ton rôle à bord du WHY et en quoi consiste-t-il ?

Mon rôle est essentiellement un rôle de coordination et de supervision des opérations scientifiques, en coopération avec les activités de plongée. Je m’assure du bon déroulement et fonctionnement de tous les aspects des activités de recherche. Spécifiquement, j’assure l’identification préliminaire des échantillons de coraux mésophotiques récoltés par les équipes de plongeurs techniques (ou la confirmation des identifications d’échantillons d’espèces-cibles) ainsi que le traitement de ces échantillons et le maintien de la base de données correspondante. Nous sommes en général 2 scientifiques embarqués.

Qu’étudiez-vous sur les coraux remontés en surface ?

Avant d’être remontés, les coraux sont systématiquement photographiés dans des quadrats à des profondeurs standard, ce qui fournit des données quantitatives sur la présence et l’abondance. À bord, la première étape consiste en l’élaboration d’un inventaire des espèces vivant profondément sur les pentes récifales. Les échantillons récoltés sont donc traités en vue de leur identification. Par ailleurs, divers prélèvements sont aussi effectués et traités de façon différente pour permettre l’étude de leurs populations de zooxanthelles (algues unicellulaires symbiotiques), microfaune et microflore associées, capacité de reproduction et études génétiques (prélèvements en vue de l’extraction d’ADN)

Michel Pichon © Franck Gazzola / Under The Pole

Que souhaitez-vous démontrer avec les échantillons prélevés sur les 5 archipels de Polynésie française ?

De façon générale, les prélèvements effectués sur l’ensemble des récifs de Polynésie Française, permettront de préciser la composition des  faunes coralliennes mésophotiques dans les diverses zones, de les comparer et d’expliquer les différences observées en les reliant a des considérations d’ordre biogéographique et aux variations de divers facteurs, tels que les caractéristiques physiques du milieu. Par ailleurs les analyses pratiquées sur les échantillons récoltés permettront d’expliquer comment les coraux mésophotiques se sont adaptés à des conditions de vie très particulières (luminosité très réduite, basses températures, etc..) et d’évaluer leur potentiel à servir de refuge et de pépinières permettant éventuellement la recolonisation des récifs superficiels qui sont de plus en plus dégradés du fait d’impacts naturels (réchauffement climatique) ou du fait des activités humaines.

Michel Pichon © Franck Gazzola / Under The Pole

Pour terminer, peux-tu nous livrer un de tes plus beaux moments vécus à bord durant ces derniers mois ?

D’une part, pour le scientifique que je suis, les vues des peuplements mésophotiques in situ, grâce aux très belles images réalisées par nos photographes ont été des moments très forts, notamment les extraordinaires photos des pentes couvertes de grandes colonies de Leptoseris solida a plus de 100 m de profondeur à Makatea.

Par ailleurs, l’aventure humaine n’a été à nulle autre pareille : Se retrouver sur un voilier « familial » (Un coucou à Robin et Tom !) équipé essentiellement pour la plongée technique et la communication audio-visuelle, parfois surpeuplé, sans espace ou équipement dédié ou utilisable pour la science a été une expérience (parfaitement  réussie) hors du commun. Une ambiance familiale et fraternelle d’une équipe de copains mus par une passion commune, opérant professionnellement suivant les standards de sécurité les plus exigeants et d’une disponibilité totale, sont des situations que je n’ai trouvées – et ne retrouverai nulle part ailleurs.

Michel Pichon © Franck Gazzola / Under The Pole