Depuis l’escale d’Hawaï, rencontre avec Alexis, notre cameraman et monteur.

Présentation d’Alexis

J’ai commencé avec Under The Pole fin 2013 lorsque j’étais encore étudiant en audiovisuel. J’avais 19 ans. Le budget d’Under The Pole II ne permettait pas d’embaucher, tout le monde sur le WHY était bénévole. Je suis resté en tout un an durant sur le bateau.

Pour Ghislain et Emmanuelle ce fut intéressant d’être accompagnés par un vidéaste disponible sur une longue durée, ce fut également parfait pour moi car j’allais vivre une expérience incroyable et faire mes premières armes en tant que cadreur.

Depuis j’ai fais ma route et c’est avec plaisir que je retrouve l’expédition avec quelques degrés en plus ! Pour la suite j’ai des envies c’est sûr, mais on verra bien comment ça se présente, j’ai l’habitude d’y aller au feeling…

Alexis à l’étrave du Why, se tient prêt à filmer © Gaël Lagarrigue – Under The Pole

Quelles ont été les conditions de navigations entre l’océan glacial Arctique et le Pacifique ?

On a été un peu surpris par le mauvais temps dès le début à vrai dire. Ce n’était pas facile de filmer les premiers jours avec le mal de mer. Le quotidien se résumait à manger, dormir, s’habiller, prendre son quart et ainsi de suite.

Poser les yeux derrière un écran quand on est un peu barbouillé n’est pas la meilleure chose à faire! Heureusement ça n’a pas duré très longtemps et j’ai pu filmer le plus gros de la tempête.

La pire frayeur fut en pleine nuit quand j’ai pris mon quart juste après Gaël dans 50 nœuds de vent. Pendant qu’il me donnait les informations pour que je puisse prendre la relève, on s’est pris un grain aux alentours de 70 nœuds! Le bateau s’est quasiment couché. Sous le vent c’était un mur d’eau! J’ai vraiment cru que les voiles allaient exploser… Après ça, quand ça redescend à 40 nœuds ça parait tranquille!

Quand on a commencé à toucher les alizés c’était vraiment sympa. Ça faisait un moment qu’il n’y avait pas suffisamment de vent pour sortir les voiles et pendant mon quart, au petit matin, une petite brise régulière s’installe. J’étais tellement content de sortir toutes les voiles!

Kayak aussi, il m’a suivi pendant toutes les manœuvres.

Le Why sous voiles © Gaël Lagarrigue – Under The Pole

Comment filme-t-on une telle navigation pour permettre à tous de suivre l’aventure ?

Le matériel que j’utilise principalement pour les traversées se compose d’une caméra Sony FS5 avec deux objectifs (Canon 17-55 f/2.8), un Sony A7SII avec un objectif 16-35 f/4 et un petit appareil étanche et antichoc, l’Olympus TG4.

Tous les objectifs sont stabilisés pour permettre de filmer caméra en main. Le petit TG4 permet de filmer dans situations délicates. Son étanchéité permet de filmer sous les embruns. Parfois il vaut mieux une moins bonne qualité d’image que pas d’image du tout.

En fait ce n’est pas tellement le matériel qui importe. Aujourd’hui les appareils qui permettent de filmer en bonne qualité se sont énormément démocratisés. Évidemment, pour faire un travail professionnel, c’est important d’être bien au point techniquement mais lorsque je filme j’essaie d’oublier la technique pour me consacrer sur le contenu.

J’essaie de casser cette barrière de cameraman/acteur qui peut parfois se mettre en place. Je me considère plus comme un acteur qui filme. Cela donne des images et des interviews beaucoup plus spontanées et naturelles. Le fait de participer activement au bon fonctionnement du bateau permet aussi d’être au même niveau que tout le monde. Je fais des films « avec » l’équipage et non « sur » l’équipage

Pourquoi avoir choisi le format webdoc, en plus des documentaires longs ?

Le webdoc est un complément aux films qui sortent en festival ou sur le petit écran. La mission des cameramen à bord est de documenter l’aventure. De là, en découle le webdoc, mais on garde en tête que ces images peuvent servir pour n’importe quel autre film. Il s’agit donc d’avoir suffisamment d’images de qualité pour pouvoir les exploiter par la suite avec une grande flexibilité.

Pour une aventure comme celle d’Under The Pole, il serait dommage de ne pas documenter et partager les images du quotidien. De là est né le webdoc début 2014 sur UTP II avec Victor Rault et moi-même.

En général, on poste un épisode par mois. Cela permet d’avoir suffisamment de contenu intéressant tout en gardant une certaine régularité. On essaie de les poster le plus rapidement possible afin de donner des nouvelles qui sont en phase avec notre réalité !

© Gaël Lagarrigue – Under The Pole

Comment organises-tu tes journées ? Entre la rédaction, le tournage, le montage…

Lorsque qu’un événement un peu particulier ou symbolique se présente, c’est un reflex de sortir la caméra. Techniquement, il faut être prêt constamment à pouvoir filmer pendant longtemps. Lorsque je filme j’essaie d’avoir le plus de matière possible pour avoir une certaine aisance au montage.

Les épisodes sont déjà répartis dans le temps car le planning d’Under The Pole est assez précis six mois à l’avance. Je m’organise en conséquence afin d’anticiper l’accès à internet par exemple.

Ce qui est intéressant cette fois-ci, c’est que je cumule la casquette de marin et de cameraman. Je peux aussi bien me retrouver la tête à l’envers dans un fond de cale pour réparer quelque chose que sur un bureau à faire du montage.

Quelle est la suite pour toi et le webdoc ?

J’aime bien mêler la voile et la vidéo et c’est pour cela que je suis ici sur le convoyage entre l’Alaska et la Polynésie Française. Je vais rester un peu en Polynésie sur le WHY, mais l’expédition sera beaucoup plus axée sur la plongée que la navigation avec en outre un programme de préparation plongée au mois de juillet. De mon côté, je vais quitter l’équipe courant août. J’aurais donc navigué durant six mois à bord du WHY entre navigation et escale technique, ce qui est déjà pas mal !

En septembre, a priori, j’embarque sur un autre projet de navigation entre la Belgique, l’Écosse, et la Norvège sur des vieux gréements.