Jeudi 29 octobre 2020

Nous avons espéré jusqu’au bout pouvoir réaliser la mission Antarctique, mais les conséquences de la situation sanitaire mondiale nous contraignent aujourd’hui à devoir l’annuler.

Une expédition en Antarctique est toujours difficile à organiser et à réaliser. L’éloignement de la Péninsule, la dangerosité du détroit de Drake qui la sépare de la pointe sud de l’Amérique, son isolement logistique, le caractère changeant et souvent violent de la météo sur la zone en font une destination engagée qui nécessite une préparation particulièrement minutieuse. Une expédition du bout du monde, qui ne peut se faire qu’à la condition de rassembler les justes moyens humains et matériels, à l’extrême sud de l’Amérique, durant la courte période que dure l’été austral. Être au bon endroit, au bon moment et dans les bonnes conditions… Un triptyque immuable des expéditions difficiles. Deux options se présentent alors comme lieu de convergence et de départ : le sud du Chili et sa ville de Puerto Williams ou de l’Argentine avec Ushuaïa. Quant à la fenêtre temporelle, elle court de début décembre à fin février/début mars.

Toute l’année 2020, les équipes d’UNDER THE POLE ont oeuvré à la fois en France, pour organiser la mission et préparer le matériel spécifique, et à Tahiti, où a eu lieu un grand chantier de maintenance du WHY. Depuis notre base bretonne de Concarneau, il s’agissait de finaliser les programmes scientifiques avec les chercheurs impliqués du CNRS et du MNHM, rassembler le matériel requis, constituer l’équipe et planifier la mission.

Copyright Rodolphe MERCERON / UNDER THE POLE Le WHY au sec dans son chantier naval à Tahiti où il restera à l’abri jusqu’au retour de l’équipe UNDER THE POLE début 2021.

Pendant ce temps là, à l’autre bout du monde, le WHY était préparé à son retour dans les rudes mers polaires, avec un vaste chantier réalisé tambour battant malgré le confinement et les complications logistiques induites : changement des deux moteurs, réfection de la salle machine, révision de tous les réseaux (électricité, électronique, plomberie, hydraulique…), révision du gréement, dépose et restauration des voiles, entretien des winchs et du guindeau, révision du groupe électrogène, upgrade du désalanisateur… La liste est longue mais après 8 mois de travaux, les dossiers se clôturaient les uns après les autres et en septembre, une équipe navigante s’est retrouvée à bord, pour préparer le grand départ d’une longue navigation trans-Pacifique visant à rejoindre le sud-Chili. Le stand-by météo pour le départ était prévu à compter du 20 septembre. Départ que nous avons repoussé faute de frontières ouvertes en Amérique du Sud, temporisant autant que possible. Mais aujourd’hui, devant l’absence totale de signes d’évolution de la situation, la raison et le bon sens nous imposent de prendre cette décision et d’annuler la mission en Antarctique cette année.

Concrètement, la situation est tendue : les frontières air/terre/mer avec le Chili et l’Argentine sont fermées à ses non résidents, depuis le mois de mars (et sans espoirs de ré-ouverture à court terme) ; en Europe, la situation se détériore considérablement (au moment où nous publions cette news, le reconfinement national vient d’être déclaré) et les instituts de recherche français n’autorisent plus leurs scientifiques à se déplacer dans les pays à risque. Si tant est qu’on puisse voyager, une quatorzaine s’impose à l’arrivée, réduisant d’autant la fenêtre de la mission en Péninsule ; enfin, à retarder le départ, les marges de manoeuvre sont devenues extrêmement réduites sur un programme à fort risque d’imprévus et de complications… Un peu de hauteur sur la situation rend évident que nous sommes arrivés au bout de l’exercice : une mission en Antarctique est impossible à réaliser cette année.

Cette annulation est bien entendu pour tous une déception. Parce que nous avons bataillé pour que la mission ait lieu. Parce que nous avons voulu y croire jusqu’au bout. Parce que de telles opportunités sont rares. Néanmoins, cette situation de fait n’est qu’un report, car nous ne doutons pas que dans les années à venir, UNDER THE POLE retrouvera la route du grand Sud.

Copyright Franck GAZZOLA / UNDER THE POLE Fin de mission CAPSULE : les plongeurs de l’équipe UNDER THE POLE prennent la pause autour de la CAPSULE sur le récif de Moorea. 14 novembre 2019

QUELLES OPTIONS SE PRÉSENTENT ALORS À NOUS ?

Actuellement, le WHY est bloqué à Tahiti, qui risque fortement de se faire reconfiner également dans les jours prochains. Partout autour, les frontières sont globalement fermées sur les routes possibles pour le WHY, les liaisons aériennes avec les éventuels pays-escales sont rares quand elles sont maintenues : il est donc difficile d’envisager de s’engager dans une navigation trans-Pacifique visant à rentrer en France. Nous avons donc décidé de maintenir le WHY à Tahiti au moins jusqu’en mars-avril, en espérant alors pouvoir engager une navigation-retour vers la France, pour une arrivée espérée en juin.

Dans les jours prochains, le WHY sera sorti de l’eau et mis à sec à Tahiti, afin de le sécuriser en ce début de saison cyclonique. Après 8 mois de chantier et 2 mois de stand-by, il va ainsi pouvoir se « reposer » et l’équipe navigante qui devait le convoyer, rentrer en France.

WHAT’S NEXT ?

En vérité, la situation est complexe, coûteuse et peu d’options raisonnables se présentent à nous. Mais en attendant que les conditions de retour du WHY soient au vert, il en est une qui se présente comme une opportunité : retourner en Polynésie pour une mission visant à poursuivre, développer et approfondir les travaux d’étude des coraux mésophotiques menés sur notre précédent programme DEEPHOPE. Une mission qui sera à nouveau menée en collaboration avec Laetitia HÉDOUIN (CNRS-CRIOBE) et d’autres chercheurs associés au programme DEEPHOPE. Le WHY et l’ensemble du matériel de plongée requis étant déjà à poste, les plongeurs UNDER THE POLE familiers du milieu et des travaux menés et les scientifiques sur place au CRIOBE, une mission de deux mois est ainsi programmée entre janvier et mars 2021. Nous en préciserons le programme, les modalités et les objectifs très bientôt.

Si tout va bien et que la situation mondiale le permet, le WHY prendra ensuite la mer pour son long voyage retour vers la France et son port d’attache, à Concarneau, pour clôturer cette longue expédition UNDER THE POLE III démarrée en 2017.

 

En vous souhaitant à toutes et tous bons vents et bon courage en cette période houleuse,
Au nom de toute l’équipe UNDER THE POLE,
Emmanuelle & Ghislain BARDOUT