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Plongée sous-marine sous la banquise

 

Quand on parle de plongée sous la banquise, il s’agit bien entendu de plongée sous-glace. Mais elle se distingue nettement de la plongée sous-glace que l’on pratique dans les lacs de montagne. L’environnement est glacial, la glace beaucoup plus épaisse, le milieu est difficile d’accès, l’eau est salée...

 

La plongée au pôle Nord
Des plongées glaciales
Accéder à l’océan, à travers la banquise
Problèmes de gel et de givrage
Un environnement sous-marin exceptionnel
Récit d’une première plongée au pôle Nord

 


La plongée au pôle Nord

 

La plongée sous la banquise

Le principal problème au bon déroulement des plongées est celui du givrage des détendeurs (et du matériel en général). Pour y faire face, l’équipe a trouvé des solutions dans le matériel retenu, dans les techniques de plongée utilisées et dans quelques adaptations spécifiques.

Le matériel est simple mais fait pour le froid. La combinaison fabriquées sur mesure est finlandaise, le compresseur est allemand, le scaphandre français, le caisson vidéo est suisse, l’éclairage sous-marin est belge… Le matériel est prévu pour mettre à l’eau deux ou trois plongeurs à la fois. Les cinq plongeurs de l’équipe (qui auront tous leur propre combinaison) se relaieront donc, ce qui permettra de multiplier les plongées en limitant la fatigue.

La sécurité en surface est placée sous la responsabilité d’un surveillant, qui s’assure du bon déroulement de la plongée depuis sa préparation jusqu’à la sortie des plongeurs. Sous l’eau, les plongeurs sont reliés à la sortie par un « fil d’Ariane », et les techniques de plongée utilisées (inspirées de la plongée souterraine) leur permettent de faire face à n’importe quelle situation avec une marge de sécurité importante.

Des plongées glaciales

 

Plonger sous la banquise se caractérise par un environnement glacial, malgré le soleil permanent du printemps au pôle Nord. Il faut se rappeler que l’eau de mer gèle à -1,8°C, il n’est donc pas possible de plonger dans une eau plus froide (on retrouve un froid comparable sous la banquise Antarctique). Par ailleurs, la température moyenne de l’air peux varier de –50°C au mois de mars à –10°C au mois de juin. Le plongeur est donc soumis à un froid intense permanent, qui lui impose de se protéger par plusieurs couches de vêtements le protégeant du froid et le rendant totalement imperméable à l’eau (sauf au niveau du visage). Mais le froid dans l’eau n’est pas le véritable problème, hormis les fois où une fuite d’eau au niveau des gants peut glacer les mains d’entrée de jeu. Non, c’est en surface qu’il faut faire le plus attention, en évitant de rester trop longtemps dehors au vent, avant et après la plongée.

 

 

 

 

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Accéder à l’océan, à travers la banquise

 

L’accès à l’eau nécessite soit de percer une ouverture à travers la banquise, soit de profiter de certaines zones d’eau libre ou de glace fine.
La banquise est une couche de glace salée, qui a une épaisseur moyenne de 2,5 m. Mais s’il faut percer un trou d’accès, il est préférable de le creuser dans une glace de l’année moins épaisse (pas plus de 1,50 m), ce qui représente déjà une tâche longue et fatigante. En avril 2007, avec l’équipe nous Jean-Louis Etienne, nous avions creusé un trou dans une plaque de banquise de 1ère année épaisse de 1,40 m. Il nous avait fallu 20 heures à 3 personnes pour en venir à bout, en utilisant une tronçonneuse et une barre à mine affûtée. Attention aux derniers centimètres avant d’atteindre l’eau : une fois percé, l’eau rempli le trou en quelques secondes! Il fallait donc bien doser les derniers coups, de façon à rendre minime l’épaisseur de glace restant au fond du trou, tout en évitant que l’eau ne s’infiltre. Malgré toutes nos précautions, c’est en plongée et à la barre à mine que nous avions terminé notre travail de poinçonneur.
Une fois ouvert, le trou devient l’unique porte d’entrée et de sortie pour le milieu marin (à moins d’en percer plusieurs). Il nécessite par ailleurs un entretien, à cause de la couche de glace qui se forme et s’épaissit en permanence au contact de l’air (jusqu’à 1 cm par heure). Avant de s’immerger, les plongeurs s’attachaient à une corde afin d’être constamment reliés au trou par un fil d’Ariane. Cela évite aux plongeurs de se perdre sous l’eau et permet également de communiquer avec la surface, grâce à des signaux (traction sur la corde) rudimentaires.
Sur "Deepsea Under The Pole by Rolex", nous ne creuserons pas de trous à travers la banquise, mais profiterons des failles ouvertes entre deux plaques de glace. Cela nous économisera énormément de temps et d’énergie, sans parler du surpoids important que nécessiterait l’emport d’une tronçonneuse et d’une barre à mine. A travers la banquise on retrouve des failles et des voies d’eau sur toute son étendue, l’accès à l’océan est donc garanti où que l’on soit.

 

 

 

 

 

 

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Problèmes de gel et de givrage

 

Le gel en surface et le givrage sous l’eau sont omniprésents. Les principaux problèmes engendrés concernent les détendeurs (qui servent au plongeur à respirer sous l’eau) et le compresseur (qui sert à remplir les bouteilles).

La préparation de la plongée nécessite tout d’abord de faire fondre l’épaisse couche de glace recouvrant les détendeurs. Il faut ensuite sécher les robinetteries, afin que le filetage des détendeurs ne soit pas gêné par de la glace lors du montage, ou bien qu’un orifice ne soit pas bouché par de la glace, pouvant entraîner une surpression à un endroit du circuit d’air. Afin de réduire le givrage sous l’eau, il faut réchauffer l’ensemble du scaphandre avant chaque plongée, puis le protéger autant que possible de la neige et de l’eau jusqu’à l’immersion. En ne respirant sur le détendeur qu’une fois sous l’eau, en limitant le débit, en alternant la respiration d’un détendeur sur l’autre, et en limitant les efforts et donc la ventilation, il est possible de minimiser les givrages. Ceux-ci se limitent alors à un léger débit continu, qui peut être stoppé en tordant le flexible du deuxième étage et en lui donnant de petits coups afin d’en défaire les amorces de glace. En revanche, un détendeur bien gelé qui commence à avoir un certain débit est irrécupérable et arrête la plongée.

Avant tout gonflage, le compresseur doit être réchauffé à l’air chaud quelques minutes, afin de le dégeler et de réchauffer l’huile du groupe moteur et celle du groupe compresseur. Le démarrage prend malgré tout 10 à 15 minutes dans un abri. Une fois démarré, il faut s’assurer que le compresseur est sec avant de le sortir dehors, sans quoi le risque de givrage d’une des purge d’étages, d’une soupape de surpression, ou tout simplement d’un joint d’étanchéité impose de le couper et de recommencer à zéro. En 2007, lors de l’expédition Total Pole Airship de Jean-Louis Etienne, nous avons connu toute sorte d’incidents liés au froid, dont la localisation dépendait aussi des conditions météorologiques. Le plus difficile était de gonfler dans le blizzard, qui nous obligeait à protéger au maximum le compresseur, tout en permettant l’aspiration et l’échappement. Dans ce vent mêlé de neige, le filtre d’aspiration du groupe moteur et du groupe compresseur s’emplissait rapidement de neige, ce qui finissait par étouffer la machine.

 

 

 

 

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Un environnement sous-marin exceptionnel

 

A venir

 

 

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Récit d’une première plongée au pôle Nord

 

Plongée réalisée le 17 avril 2007 - Ghislain Bardout

 

Assis calmement sur le bord du trou, les palmes dans l’eau, je suis sur le point de pénétrer dans un autre monde. Un monde qu’on m’a décrit, un monde que j’ai imaginé, mais un monde qui malgré tout garde une grande part de mystère, tant il a peu été approché comme je m’apprête à le faire. Comment sera le relief sous marin ? Quelles sera la luminosité et la visibilité ? Y aura-t-il du courant ? Vais-je trouver une vie animale et végétale ? Quelles couleurs dominent dans ce monde à l’envers ?


En surface, il fait - 28°C, les nuages sont bas et le blizzard balaye la neige sur la banquise. Ambiance multi couches sous la combinaison, bonnet et capuche pour ceux qui restent en surface et cagoule en néoprène pour moi. Nous plongerons à deux pour cette première plongée. Sous les yeux de Jean-Louis Etienne et de toute l’équipe, Jérôme Boutain et moi terminons de nous équiper avec l’aide de Samuel Audrain et de Laurent Stéphane. Le froid et la lourdeur des équipements nécessitent en effet un second binôme en surface pour nous aider à nous sangler convenablement à notre scaphandre, à mettre notre masque et à régler les petits problèmes de dernière minute. Assis sur le bord du trou, l’eau m’arrive jusqu’au mollets. Je ne vois pas mes palmes ni l’eau qui l’entoure tant la neige et la glace ont transformé la surface en un bouillon épais et glacé. Cela ajoute encore au mystère de l’univers qui me tend les bras. Je me laisse doucement glisser dans l’océan en gardant le visage à l’air. Je goutte l’eau : elle est salée. J’essais tant bien que mal de limiter la formation de glace sur les deux faces des vitres de mon masque. On m’ouvre mes deux bouteilles, j’inspire légèrement et m’immerge en apnée. M’aidant des parois verticales du trou, je descends rapidement à son niveau inférieur, dans un nuage de paillettes de glace. Là, doucement, je mets mon détendeur en bouche et inspire lentement afin d’éviter qu’il ne givre. J’ai quitté le monde aérien et son agitation, je découvre maintenant sereinement l’océan Arctique de l’intérieur, au pôle Nord.


Après quelques secondes et un tour sur moi-même, je commence à prendre conscience du monde qui m’entoure. La luminosité est bonne mais variable comme prévue. Je vois très loin dans toutes les directions. Je devine la crête de compression en profondeur, symétrie amplifiée de sa sœur en surface, à une trentaine de mètres de moi. Jérôme m’a rejoint, je sais que lui aussi vit intensément les instants présents. Ensemble nous descendons de quelques mètres afin de prendre du recul sur notre environnement. Je me rends alors compte de la présence d’un léger courant. Le fond est d’un noir parfait, le plafond est un savoureux mélange de nuances de vert et de bleu, teinté de blanc et de jaune, et parcouru par des ondulations noires. L’eau est incroyablement limpide, nous voyons à 100 m dans certaines directions. Je fais quelques photos, puis nous continuons notre exploration en direction de la crête de compression, Reine de notre étude. La surface inférieure de la banquise n’est pas dure comme l’est la glace qui la compose. Sur environ deux centimètres, elle est revêtue d’une mousse de cristaux et de flocons, fragiles et minuscules. Par endroit, des massifs de cristaux, s’apparentant aux « roses des sables » du désert, forment un îlot glacé. Des lamelles de glace mesurant jusqu’à 5 cm la compose en s’enchevêtrant dans tous les sens. Et par endroit, des bouquets de cristaux hexagonaux, durs, longs et pointus, complètent ce palais. Des cavités au sein même des cristaux abritent de petits crustacés, ressemblant à des crevettes de 1 cm de long. Un peu plus loin, nous croisons en pleine eau un Ange de mer aux couleurs vives, aux longues antennes pointues et à la nage douce et lente. Ça et là, des protubérances de sel et de glace émerge du plafond : il s’agit de structures fines et fragiles qui se développent vers le bas, nourries du sel qui migre à travers la banquise par gravité.
Au fur et à mesure que nous approchons de la crête de compression, je prends la mesure de sa dimension, son relief se précise, sa structure apparaît. Elle est formée d’un enchevêtrement de blocs aux tailles variables, assemblés de manière grossièrement pyramidale, et dont l’océan a soudé certains d’entre eux et lissé l’ensemble. À contre jour, on distingue de gros cristaux hexagonaux, et à son contact, on se rend compte qu’elle en est parsemée sur de grandes surfaces. Après avoir caressé son point culminant, à 8 m sous le plafond, nous pénétrons dans son cœur par un passage irrégulier sculpté entre les blocs. Là, absorbés par cette montagne sous-marine de glace, nous nous arrêtons pour nous imprégner de la force des éléments qui nous entourent. Nous contemplons le paysage qui s’étend de l’autre côté de la crête de compression. Une autre crête de compression de taille plus modeste s’est réouverte récemment donnant naissance à une rivière gelée à travers la banquise. Ses bords très lumineux mettent en valeur un décor similaire à celui qui nous entoure. De ce côté-ci, la lumière est plus faible, car c’est une plaque de banquise de deuxième année qui coiffe l’océan. Son épaisseur dépasse les 3 mètres par endroit.

 

Je fais encore quelques clichés, puis nous prenons lentement le chemin du retour. La longe qui nous relie au trou nous indique le chemin le plus direct vers la sortie. En quittant les abords de la crête de compression, je suis à nouveau saisi par le spectacle duquel je m’étais éloigné en début de plongée et qui en rajoute à l’illusion d’une autre planète. Le trou s’apparente à un puit de lumière, traversé par le pylône que nous avons installé et qui nous servira pour la navigation du robot sous marin (ROV). Il se présente à nous comme une échelle, fixée sur le toit du monde, permettant d’accéder au trou, porte séparant la banquise sous-marine de la banquise aérienne. Nous nous en approchons, nous nous y agrippons et lentement amorçons notre remontée forcée. Encore un dernier arrêt, un dernier regard complice avec Jérôme accompagnée d’une ferme poignée de main, un dernier tour d’horizon avant le retour en surface.

 

Nous nous sommes immergés il y a 53 minutes, mais c’est comme si le temps s’était arrêté pendant ce grand moment de communion intime avec la face cachée de la banquise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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