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L'Expé en direct : journal de bord / Resolute Bay

 

 

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Le départ, enfin !

Mercredi 24 mars 2010 - Ghislain

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  :- 23°C

 

Resolute Bay


Enfin, après une dernière journée de travail et de palabres, le départ est confirmé. Tout le matériel est méticuleusement rangé dans les pulkas, lesquelles nous attendent déjà dans l’avion. Tout y est : la nourriture, le matériel de plongée, le compresseur, les groupes électrogènes, les tentes, les sacs de couchage, la cuisinière, les téléphones satellitaires… La liste est longue, plus de 400 articles différents au total. Après une bonne nuit de repos, nous avons commencé la journée par les ultimes rangements, les derniers bricolages : il y en a toujours à faire, encore et encore. En début d’après-midi, la bonne nouvelle des pilotes et du chef de base de Kenn Borek tombait : le départ est confirmé pour demain, jeudi 25 mars, décollage à 6h00 de Resolute. A 17H00, les 8 pulkas sont chargées dans l’avion et nous rentrons à l’hôtel. La fenêtre météo est serrée car deux dépressions entourent le pôle. Nous allons donc suivre leurs évolutions et nous adapter. Après un vol de 2h30, notre avion DC3 se posera à Eureka, station scientifique avec son fortin militaire, pour un dernier ravitaillement. Si la météo est bonne, nous continuerons pour le pôle, sinon nous y passerons la nuit pour repartir vendredi. Nous serons devancé de quelques heures par un Twin Otter chargé de reconnaître les lieux et de baliser une piste sur la banquise, au pôle Nord géographique si les conditions le permettent, le pus proche possible sinon. Il est 23h30, nous nous levons dans 5h00, nos sacs sont faits, chacun est sur le point de se coucher.
Il s’est écoulé 3 années depuis que l’étincelle du projet a jaillit. Beaucoup de travail, des entraînements, des voyages, des rencontres, des milliers de coup de fils et d’emails, énormément de stress lors du montage du projet, mais au bout du compte la réalisation d’un rêve. Et qu’il est bon de le vivre et de le partager avec tant de personnes : équipiers, équipières, collaborateurs techniques, scientifiques, amis, famille, partenaires de tout ordres, lecteurs anonymes… Merci à toutes celles et ceux qui ont nous ont aidé à concrétiser cette aventure et en particulier à notre principal partenaire Rolex. Merci pour votre temps, votre patience, votre confiance. Merci pour votre travail, vos coups de pouce et vos encouragements. Cette expédition est un poème, à nous maintenant de le conter.

 


Le jour d’après le début du printemps à Resolute Bay

Mardi 23mars 2010 - Thierry Robert

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  :- 23°C

 

Resolute Bay


Grand soleil. En sortant ce matin, Vincent et moi, pour tourner quelques images dans le village, on s’est dit : « C’est l’été ! ». C’est marrant comme tout est relatif. – 23°c après ces derniers jours de grand vent et tout à coup, on a une telle impression de chaleur qu’on croit que c’est l’été ! Une heure plus tard, nous avions bien besoin de nos gants, chapkas, bonnets, cagoules, capuches et la glace qui pendouillait de nos moustaches (fruit de notre respiration congelée) ne trompait pas… On est bien à Resolute Bay, dans le Haut Arctique Canadien, et la moindre bise a vite fait de nous rappeler à l’ordre.
Programme du jour. Ghislain, Manue et moi allons rendre notre visite quasi quotidienne à Steve, le souriant Base manager de Kenn Borek Air pour bien régler les derniers détails de notre vol programmé jeudi. Nous retrouvons ensuite les autres au hangar où ils finalisent minutieusement le conditionnement des pulkas, la flexibilité est notre credo, tout peut changer en quelques minutes ici, un seul mot d’ordre : se tenir prêt. Après un déjeuner copieux (c’est le moins qu’on puisse dire, merci Sandy !) Vincent, Valentine et moi repartons tourner des plans raccords de voiture, pour les insérer dans le film plus tard. Nous en profitons pour tester nos paluches haute définition, des plans que nous n’aurions jamais pu faire autrement qu’avec cet équipement spécial. Ces paluches (des mini caméras HD grand angle) nous les emmenons sur et sous la banquise, elles sont étanches à – 60 m, et seront bien utiles aussi pour certaines plongées.
Pendant qu’un groupe de 4 (plus Kayak) part éliminer quelques calories à ski dans un canyon qu’ils ont découvert non loin du hameau, nous retournons en fin de journée retrouver Wayne dans son labo météo. Et comme d’habitude, c’est le grand spectacle, après le couché de soleil magistral, c’est un plaisir d’écouter les paroles de ce scientifique passionnant et passionné qui virevolte d’un ordinateur à l’autre ! D’après lui, tous les feux sont au vert ! Surtout pour une expédition comme celle-ci, davantage tournée sur la découverte et l’exploration. Wayne a hâte d’avoir les retours (feedbacks) de l’équipe. Mais pour revenir, il faut partir, et pour cela, nous sommes fin prêts !

 


31 ans à Resolute Bay!

Dimanche 22 mars 2010 - Manue Périé

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  :- 35°C

 

Resolute Bay


Ce matin j'ai été accueillie par nombres de délicates attentions par les membres de l'équipe : "puisque c'est ton anniversaire, tu auras droit à ci, on ira se balader...". Kayak lui me tire vers la sortie l'air de dire "on retournerait bien se faire un tour sur la glace comme hier, non?!" Mais puisque nous avons un peu de temps nous avons décidé de préparer le premier ravitaillement au hangar. En s'y mettant tous nous terminons en fin de matinée. En rentrant manger à l'hôtel, je reçois de nombreux messages et un appel de ma famille qui me mettent du baume au coeur.
Vers 15H, nous partons randonner à ski sur le passage du Nord-Ouest. Nous en profitons pour régler de petits problèmes techniques, en particulier la buée sur les lunettes et le masque qui se transforme en glace. Nous le réglons partiellement en découpant des trous supplémentaires au niveau de la bouche sur nos cagoules. Le spectacle de la glace est magique, la lumière arctique le rend encore plus féerique. Quel cadeau! Je me demande si je trouverais ça toujours aussi beau dans quelques semaines. Kayak déborde d'énergie, il tire comme un fou. S'il savait ce qui l'attend, il ralentirait et s'économiserait un peu!
En rentrant à l'hôtel, un copieux repas nous attend et une surprise : un cadeau de Sam : deux fromages de chèvre de la ferme Sainte Marguerite (tenue par ses parents : un grand merci!) que nous partageons avec Jeff, le manager de l'hôtel et Sandy, le cuisinier, et un énorme gâteau! Nous prolongeons la soirée en discutant du Nunavut avec Jeff qui y vit depuis 5 ans, dont 6 mois à Resolute.

Une bien belle journée donc que je souhaite terminer par une parole inuit :
« Quand j’étais jeune et que nous vivions sur le littoral, je faisais un rêve en particulier. Je rêvais qu’il y aurait beaucoup de caribous, et il n’y avait pas d’arc-en-ciel dans ce rêve. Je rêvais que la marée serait haute et que la terre serait basse. Plusieurs angakkuit faisaient aussi le même rêve. C’est comme cela que je savais s’il y aurait beaucoup de caribous. Lorsque je faisais ce rêve, je savais que, peu importe où nous vivions, il y aurait du gibier en abondance. Il y a des gens qui ne portent pas assez attention à leurs rêves. On dirait que ceux qui suivent leurs rêves réussissent mieux que les autres. De nos jours, il y a tellement de choses qui nous simplifient la vie que l’on suit moins nos rêves. » Felix Pisuk


Dimanche à Resolute

Dimanche 21 mars 2010 - Vincent Berthet

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  :- 35°C

 

Resolute Bay


Aujourd'hui nous avons tenté de respecter un rythme dominical avec une grasse matinée, le petit déjeuner est fixé à 8h30... La majorité de l'équipe se dirige ensuite vers le hangar pour d'éternelles finitions sur les pulkas, car en passant devant on ne peut plus s'empêcher de
retirer un ultime gramme supplémentaire. On finit également d'équilibrer les poids "je t'échange mon duvet contre ta trousse à outils" et on organise et range le matériel de secours et de ravitaillement que nous laissons à Valentine. Thierry et moi poursuivons nos prises de vues dans le village et aux alentours, le soleil est doux, le vent très faible. Vers midi, nous assistons à la sortie de la messe, agitation trop furtive pour même imaginer tourner quelques plans. En quelques secondes, la dizaine de personnes pieuse est déjà sortie de la petite église de bois et s'est faufilée dans les ruelles enneigées ou dans des picks-up volumineux. La place est rapidement déserte et retrouve son atmosphère de bout du monde...
Quatre gigantesques pizzas marquent une pause appréciée dans notre journée, nous les savourons en étant bien conscients que ce sont les dernières avant un petit millier de kilomètres à pied... Depuis notre arrivée à Resolute, nous mangeons sans limites, en quantité, en graisses... Certains sentent poindre quelques poignées d'amour, et après cinq derniers jours passés dans le hangar, un bol d'air devient impératif pour tout le monde ! Nous chaussons nos skis et progressons sur le passage du Nord-Ouest, gelé, immobile, et offrant de splendides lumières. La vue se perd dans un chaos blanc et bleu, nous repensons à Roald Amundsen et autres explorateurs polaires qui ont navigué dans ces chenaux empris de glaces, labyrinthe fascinant qui a attiré beaucoup d'aventuriers avant nous. Au retour, c'est l'occasion d'améliorer encore notre équipement : agrandissement des trous de respiration dans les cagoules afin d'éviter le givre sur nos lunettes, ajustement des dragonnes des bâtons, etc. Ces modifications sont essentielles, l'objectif pour chacun est de se sentir prêt afin de rejoindre le pôle en pleine confiance.


La dépose au pôle est reportée de 5 jours

Samedi 20 mars 2010 - Ghilain Bardout

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  : -40°C

 

Resolute Bay


Au réveil ce matin, une légère brume entourait Resolute. La température était comme tous les jours d’environ -40°C avec l’effet du vent. A huit heure, Thierry et moi avions rendez-vous chez Kenn Borek Air pour un vol en avion Twin Otter en direction de Grise Fjord, le village Inuit le plus nord du Canada, situé à l’extrème sud de l’île Ellesmere. Le décollage a lieu avec un vent de travers qui secoue l’avion en tout sens, mais les pilotes sont des as et l’avion de ravitaillement décolle en quelques secondes. Pendant 1h50, nous survolons les îles de Cornwallis et Devon ainsi que la Baie des Ours qui est recouverte d’une belle banquise. Enfin, nous arrivons à destination : Grise Fjord, une communauté Inuit située à flanc de montagne avec ses bateaux de pêche, ses maisons sur pilotis, sa piste d’attérissage en guise d’arrêt d’autobus, ses chiens et son pick up de police. Le tour est rapide, seulement 25 minutes et nous repartons avec le courrier et quelques passagers, toujours aussi sympatiques et accueillants.

La dépose au pôle qui devait avoir lieu aujourd’hui a été reportée pour cause de météo défavorable. Nous avons rendez vous l’après-midi avec les pilotes et le directeur de vol pour planifier un nouveau départ. Il faut concilier les contraintes de la compagnie et les prévisions météo pour organiser un tel vol et ce n’est pas une mince affaire. Cela nécessite 2 avions et 4 pilotes pendant 2 jours, et la zone d’attérissage doit être bien repérée et balisée à l’avance. Nous nous mettons d’accord sur la date du jeudi 25 mars, cela semble impossible avant et mieux vaut mettre toutes les chances de notre côté. Ils nous reste donc 4 jours de stand-by à Resolute, pendant lesquels nous alternerons préparation du matériel, randonnée d’acclimatation et repos. Nous avons tellement travaillés ces derniers jours pour être prêt à temps que enfin, nous allons pouvoir profiter de quelques après-midi pour découvrir la région et aller skier sur la banquise. La route du pôle est longue, elle impose la patience.


Combat contre le poids et préparatifs dernière minute

Vendredi 19 mars 2010 - Valentine Ribadeau Dumas et Vincent Berthet

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  : -40°C

 

Resolute Bay


Comme prévu, notre « combat contre le poids » démarre dès le petit matin. Nous sommes bien décidés à enlever le superflu, tout en ne réduisant aucunement ce qui est sécuritaire.

Nous commençons par les choses classiques : nous avions par exemple une pelle à neige par personne...maintenant, une pelle pour deux sera amplement suffisant. Même chose pour les livres : nos journées du premier mois seront déjà assez chargés, nous les prendrons au premier ravitaillement. Nous réalisons également qu’il est nettement plus fonctionnel d’avoir quelques petits sacs (qui peuvent se glisser partout) qu’un seul gros sac (encombrant). Ainsi, chaque pulka est optimisée !

Puis, dans un deuxième temps, nous continuons notre recherche vers les « petits gains » de poids (mais tout à fait nécessaire !) : on coupe les bretelles de sacs, chacun repasse en revue ses effets personnels, compte ses cotons-tiges et...en laisse à Resolute !

Il est évident que nous ne mélangeons pas la nourriture et l’essence dans les pulkas. Ainsi, nous avons 2 pulkas exclusivement réservés pour les carburants emportés le premier mois. En effet, dans le cas où ces pulkas se renversent et qu’une goutte d’essence coule, nous ne serions pas très heureux de goûter à notre nourriture si elle était juste en dessous ! Là, pas de risque, notre nourriture est en lieu sûr !

Finalement, tout s’éclaire et nous commençons la pesée ! Victoire : toutes les pulkas sont entre 122kg (cameraman/photographe) et 165kg pour les plus...sportifs d’entre nous ! Objectif atteint, en n’altérant aucunement la sécurité.

Dans le centre du village, Emmanuelle et Valentine découvre les fonctionnements locaux : retrait d’argent possible au supermarché local, durites introuvables à Resolute, nom d’un mécano local (toujours utile !), etc... Nous nous renseignons également auprès des femmes Inuits capables de coudre de superbes bonnets très chauds et de magnifiques « Amautiks » (veste inuit typique, leur permettant de porter leurs enfants sur le dos). Une partie de l’équipe trouve cela très à son goût !

Ce soir, nous recevons de nombreux emails nous parlant du reportage dans Thalassa sur notre expédition. Ironie du sort ! Notre connexion Internet ne nous a pas permis de le voir...mais nous avons bon espoir de résoudre ce problème bientôt ! Merci à vous pour vos messages en tout cas !


Constitution des pulkas

Jeudi 18 mars 2010 - Manue Périé

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  : -50°C

 

Resolute Bay


Nous avons attaqué la journée par un briefing de Ghislain sur les affaires personnelles de chacun, nombre de paires de chaussettes, gants, moufles... Et la stratégie des jours à venir. Ce qui en ressort est simple, nous devons être prêts à partir de demain à décoller dans l'heure qui suit pour Eurêka. Direction le hangar pour tout le monde sauf Valentine qui se familiarise avec le "vie du village" et cherche à identifier mécanicien, poste, où trouver des pièces détachées, comment louer un skidoo si besoin.
Toute la journée, nous faisons, défaisons les pulkas, pour tenter de trouver la bonne combinaison de matériel entre nous huit. Certains prennent plus de carburants, d'autres le matériel vidéo, photos, les tentes... On tente de trouver une logique pour que tout soit en sécurité et qu'on aille le plus vite possible au montage/démontage du camp.
Sam continue à travailler sur les groupes électrogènes et les compresseurs, Pascal nettoie les gicleurs des réchauds essayant d'optimiser leur puissance et par la même la consommation de naphta. Thierry tourne des images et est tellement absorbé par son travail qu'il se fait une gelure sur la pommette droite. C'est Vincent qui l'arrête en lui disant qu'il a une "plaque blanche" sur la joue... Le froid ne pardonne pas ici et demande une vigilance de tout les instants.
Le verdict tombe avant le repas, quand après enquête, un mécanicien me montre une balance électronique qui peut monter à 300 KG. Nous sommes trop lourds... Certains traîneaux dépassent le poids max que nous nous sommes autorisés. Ce soir au repas puis dans la salle de réunion, tout le monde y va de sa suggestion : qu'est ce qui est indispensable ou à l'inverse seulement "confortable"? Nous avons trouvés plusieurs solutions et demain à la première heure, nous irons alléger sensiblement les pulkas. En attendant, notre sac est prêt et nous nous tenons informés par Wayne, le "weather man" des conditions météos et de lumière au pôle nord en temps réels.


Tests par -52°C et rencontre miraculeuse

Mercredi 17 mars 2010 - Valentine Ribadeau Dumas

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  : -52°C

 

Resolute Bay


Ce matin (toujours après notre petit-déjeuner copieux !), chacun s’affaire : préparation des caméras, des appareils photo et caissons étanches, de la pharmacie…on peut dire que la salle de réunion de l’hotel nous est bien utile !

Ensuite, 3 membres de l’équipe accompagnés de Thierry (le réalisateur) et de moi-même (logistique Resolute) partent faire un tour pour la première fois sur la banquise, située devant l’hotel : grand moment de découverte et de rencontre avec ce nouvel univers et bonne mise en jambe pour le froid car il fait -35° (hors facteur vent) et nous avons près de -52°C en température ressentie….On réalise tout de suite le moindre centimètre carrée de peau laissé à l’air libre… Alors on s’équipe et on teste le matériel dans ces extrêmes froids. On note quand même que notre Kayak a l’air très à l’aise, malgré quelques pas un peu glissants sur la glace…

Evidemment, le paysage est superbe et le vent ajoute encore à cela en créant des mouvements de neige très étonnants. Thierry et Vincent font quelques tests caméras… Mais comment le matériel fonctionne t-il par -50°C : nous le découvrons toute la journée, en démarrant également les réchauds, le compresseur et les groupes électrogènes.

Dans l’après midi, Ghislain, Manue, Thierry et moi partons rencontrer certaines figures de la région : les pilotes de Kenn Borek et Wayne le météorologue de Resolute. Nous passons une bonne heure avec les premiers pour comprendre ce qu’il en est sur le terrain aujourd’hui, pour évaluer une probable date de départ, pour comprendre ce dont ils ont besoin en terme de « piste d’atterrissage » lors des ravitaillements, etc… Comme prévu, nous attendons donc une bonne fenêtre météo pour les 2 vols : Resolute/Euréka et Euréka/pole nord. Nous nous en remettons à leur expérience pour ce qui est de la date et de l’heure de départ précis pour le pole. Nous serons prêts à partir de demain soir, et en attente de leur appel.

Par la suite, nous rencontrons un autre personnage de Resolute que les gens étant passés par ici doivent connaître : Wayne, météorologue, scientifique, travaille pour Environnement Canada ici depuis plus de 25 ans. Il connaît la région polaire arctique comme sa poche pour la voir évoluer sur son écran et devant sa fenêtre depuis tant d’années. Il a vu passer probablement toutes les expéditions depuis tout ce temps. Il regorge d’informations de toutes sortes, a son franc-parler si agréable, et nous en apprend tellement en 2 ou 3 heures. Il a une grande connaissance de la glace, de ses mouvements, des phénomènes météo locaux, des vents, des courants marins et aériens, de l’influence de la lune, etc... Nous trouverons ici la réponse à beaucoup de questions et sa présence est capitale : il devient donc le routeur de l’expédition, ce dont nous sommes vraiment reconnaissants.

Dans la soirée, les discussions vont bon train : aussi bien au niveau de la date de départ que des résultats de certains tests d’équipement : « Combien de gants en polaire tu emmènes ? », « Où puis-je mettre les choses à m’apporter au 2ème ravitaillement ? », « tout le monde a pris son traitement homéopathique ? », et au milieu de tout cela, Kayak montre sa présence en aboyant (phénomène très nouveau !) sur...a peu près tout ce qui bouge !


Jour J -4 !
Mardi 16 mars 2010 - Manue Périé

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température ressentie  : -46°C

 

 


Réveil à 7H ce matin pour toute l’équipe. Le temps est compté maintenant jusqu’à notre dépose au pôle. Un copieux petit-déjeuner d’œufs et bacon nous est servi. Dehors le froid pique, - 46° avec l’effet « windchill », ça met dans l’ambiance. Nous partons à l’entrepôt de First Air récupérer et transférer tout notre fret vers le hangar de « Kenn Borek Airline », qui effectuera nos vols polaires. Nous discutons avec eux du plan de vol : Eurêka le 19, reconnaissance et dépose sur la banquise le 20. Nous en reparlerons. Le programme de la journée est chargé : finir de conditionner la nourriture pour le premier mois, faire les vidanges des machines thermiques, les pleins, les faire tourner, préparer matériel photo et vidéo, de plongée… Tout cela sans bouger beaucoup ce qui a entraîné des onglets pour certains… Néanmoins, tout le monde a été efficace et on a bien avancé. A l’heure qu’il est (21H30) toute l’équipe s’affaire encore dans l’hôtel.

Demain nous essaierons de finir la préparation du matériel pour commencer à remplir les pulkas. Nous rendrons visite à Wayne, le météorologue de Resolute et discuterons avec les pilotes des Twin Otter et du DC3. L’ambiance est détendue mais tout le monde prend conscience doucement que la dépose au pôle approche. Même si la route est encore longue, le moment où nous serons seuls sur la banquise est proche. La lumière laiteuse, le froid, le vent et la glace qui nous entourent sont maintenant là pour nous le rappeler. Il y a beaucoup de questions et la plupart ne trouveront des réponses que lorsque nous serons partis. La banquise nous rappelle que nous devons faire preuve d’humilité dans un des endroits les plus hostile de la planète. Ce soir j’espère que notre détermination et notre préparation nous aideront à y trouver notre place et à en ramener le plus beau.


On est à Résolute !
Lundi 15 mars 2010 - Ghislain Bardout

 

Position géographique : 74°41’52,5’’N - 94°43’49,6’’O
Température de l’air : -25°C

 

 


Nous sommes arrivés à Resolute Bay ce soir à 18h30, après une longue journée passée dans quatre aéroports (Ottawa, Iqaluit, Nanisivic et Resolute). Ce matin, deux taxis sont venus nous chercher à notre auberge de jeunesse et nous ont conduit à l’aéroport pour notre premier vol de la journée. Le contrôle de sécurité a faillit nous causer des soucis, car un employé zélé a fouillé Vincent et son matériel audiovisuel de fond en combles. Et lorsqu’il a été libéré devant les appels à répétition des hôtesses, Vincent avait perdu sa carte d’embarquement. Heureusement et soulignons le, c’est rare, le personnel nous en a fournit une nouvelle aussitôt pour ne pas compromettre notre départ. Ouf ! Bref, toute l’équipe s’est retrouvée dans l’avion direction Iqaluit. Les kilomètres défilent, les paysages plats et vierges se blanchissent petit à petit, le thermomètre baisse, ce que nous constaterons en descendant de l’avion. Nous profitons alors d’une courte escale pour faire un tour en ville et faire les premiers pas de l’expédition en Arctique. Les Inuits nous accueillent avec simplicité et nous interrogent sur les raisons de notre séjour : « vous partez deux semaines », « non quatre mois… ».

Le vols suivant a lieu dans un avion ATR plutôt ancien (on voit le jour à travers le joint de la porte et on bloque le courant d’air en y appliquant le pouce), mais les pilotes sont excellents et l’ambiance à bord très détendue. Des habitants d’Arctic Bay sont du voyage : beaucoup de jeunes qui reviennent médaillés des Arctic Games, une mère avec son nourrisson de quatre jours qui rentre chez elles et le cuisinier de notre hôtel. Nous sympathisons pendant tout le vol avec ces habitants du Nunavut qui nous accueillent de manière particulièrement chaleureuse. En fin d’après-midi, l’avion se pose à Nanisivic, à l’extrême nord de la Terre de Baffin pour une courte escale au cours de laquelle nous foullons le sol gelé aux alentours de la piste et des baraquements qui constituent ce petit aérodrome.

Enfin, nous repartons pour notre dernier vol, celui qui nous emmène à notre terminus : Resolute, où nos trois tonnes de fret nous attendent déjà. Le survol de la banquise donne le ton de l’aventure : les premières ouvertures, des crêtes de compression, mais aussi des paysages magnifiques, des collines, des vallées et pas un signe de vie à perte de vue. A Resolute il fait environ -25°C à l’arrivée, impeccable ! Nous retrouvons Kayak et tous nos colis, direction l’hôtel situé à quelques kilomètres de là. L’installation est rapide, les chambres sont spacieuses et confortables, c’est parfait pour nos trois derniers jours de préparation avant notre envol pour le pôle. Après des lasagnes et une salade, nous partons découvrir la ville à pied sous un ciel noir, la température a chutée, il est temps de sortir nos équipements et de quitter nos vêtements « classiques ». Kayak est fou de joie et débordant d’énergie. Des chiens manifestent leur présence pour défendre leur territoire sur notre passage et deux petites filles Inuit nous abordent sans retenue pour caresser Kayak et le promener en laisse avec nous. Bien qu’il y ait des chiens partout, il ne semble pas qu’on laisse les enfants les promener comme nous le faisons avec Kayak : ici le rapport aux chiens n’est pas le même. Ce soir nous sommes tous heureux d’être là au complet, en temps et en heure et avec tout le fret, pour affronter la dernière ligne droite qui doit nous conduire au pôle dans quatre jours.

 

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