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L'Expé en direct : journal de bord / Progression banquise

 

Voir le journal de bord de Resolute

 

Au global

 

Nombre de journées sur la banquise : 45

Distance totale parcourue (compte tenu de la dérive)  : 170 km

Nombre total de plongées effectuées : 51

Distance du pôle : 235 km

Voir la progression par image satellite


Fin de l'expedition.  

Mardi 11 Mai 2010 – Ghislain

 

 

Les 24 dernières heures sur la banquise furent riches en émotion. Après une courte nuit sans sommeil, nous nous sommes levés dimanche 10 mai à 4h00 afin de lever une dernière fois le camp pour nous rendre en bout de piste à environ 1 km de là. Que je parle de piste, j’entends bien sûr une plaque de glace suffisamment plane, longue et épaisse pour qu’un avion envisage de s’y poser. Nous avons quitté ce coin de banquise sur lequel nous avions vécu ces 2 dernières semaines, que nous avions parcouru de long en large en surface et explorer sur 6 sites différents en plongée. Il est toujours bon de reprendre les traîneaux et de changer de paysages. Mais ce départ à ski fut un peu différent, car il annonçait un changement majeur dans notre quotidien depuis 45 jours : celui du retour et de la fin de l’expédition.

 

Après deux heures de progression entrecoupées des dernières prises de vue, nous sommes arrivés sur la piste que nous avions décidée de faire ressembler autant que possible à celle d’un aéroport international ! Nous l’avons donc balisé sur les 4 côtés tous les 50 m sur 800 m de long avec nos sacs étanches qui contenait jadis nos rations. De couleurs orange fluo, ils remplaceraient bien les balises lumineuses d’une piste. Afin de l’aplanir, nous avons scié un monticule de glace mal placé et marqué trois autres qui l’étaient moins. L’axe central de la piste était indiqué par l’alignement de nos pulkas et un sursac de couchage léger ferait parfaitement office de manche à air. En guise de tour de contrôle, j’avais un téléphone satellite, un GPS et une VHF aéronautique.

 

A 9h00, ce fut le premier point météo. Elle n’était pas bonne, le départ fut donc repoussé de quelques heures. A 11h00, je parlais directement au pilote du Twin en stand by à Eureka. Visibilité bonne, contraste très moyen, vent de 16km/h de secteur ONO, pression en légère baisse, couverture nuageuse depuis la Sibérie jusqu’à Ellesmere : la météo était inquiétante. Mais elle devait empirer dans les jours à venir avec l’arrivée d’une dépression dès mardi. Troy, le pilote, me mettait en garde du risque d’un vol sans poser tout en me demandant de prendre la décision : décoller ou repousser la récupération. Autrement dit, prendre le risque de lancer une logistique coûteuse et incertaine ou attendre et espérer qu’une meilleure fenêtre météo arrive.

Troy est un des meilleurs pilote, très rassurant et calme au téléphone. Nous convînmes de tenter le vol, que je le tiendrai au courant heure par heure de l’évolution de la météo sur place : si elle se dégradait, il se poserait là où il pourrait en attendant le bon moment pour nous rejoindre.

La stratégie s’avéra limite mais payante.

Vers 16h00, le Twin arriva sur nous. On entendit d’abord le vrombissement de son moteur, puis on le vit au sud. Il nous survola sans nous apercevoir, fit demi-tourr et me contacta alors par radio. Il repéra la piste à basse vitesse, fit plusieurs passages et enfin il annonça qu’il allait se poser, ce qu’il fit de manière acrobatique. En effet, la piste repérée et surveillée quotidiennement depuis 10 jours avait changé les derniers jours, surtout à cause du vent qui avait fait apparaître ça et là des congères de neige. Troy nous dira : « The runway is long but bumpy ». Nous avons compris ce qu’il voulait dire par-là lors du décollage de la première rotation qui devait ramener Clément, Pascal, Alban et Benoit sur la côte : l’avion a été secoué comme on le serait à 50 km/h avec une 2CV sur un chemin forestier en terre emprunté normalement par des 4/4, après une semaine de pluie !

 

Enfin, l’avion a décollé avec hommes et matériel, il restait sur la banquise Manue, Vincent, Sam, moi et Kayak, 2 téléphones satellite, 2 GPS, une tente, tout le matériel de progression et 10 jours de nourriture. Nous mangeâmes puis nous assoupirent un peu après cet épisode de stress. Nous suivions le vol retour du Twin, son atterrissage réussi dans un fjord d’Ellesmere, puis son retour vers nous. J’appris par la suite que le pilote avait hésité à revenir et l’avait fait savoir à son manager. Nous suivions la météo, qui s’améliorait globalement mais restait limite. A 22H15, le Twin arriva et recommença son manège au-dessus de nous avant de se poser, c’était presque gagné.

 

Les derniers instants sur la banquise sont durs. On sait qu’on va quitter un monde de toute beauté si difficilement accessible, dans lequel on a appris à vivre durant une tranche de vie. Un dernier tour à la recherche du silence pour s’imprégner une ultime fois de la force de cet univers si différent, un dernier toucher, le dernier contact en montant dans l’avion. On se regarde en souriant, les regards complices. Au revoir la banquise ! Le vol retour est spectaculaire : pendant la première partie, la couverture nuageuse ne nous laisse entrevoir la glace que par intermittence. On distingue les crêtes de compression et des ouvertures ça et là.

A mesure que nous approchons de la côte, les nuages disparaissent pour laisser place à un paysage époustouflant : la banquise est grandiose, majestueuse mais on la sent fragile et écartelée. Des leads immenses et nombreux, des crêtes partout et de grandes étendues de glaces fines – anciennes ouvertures fraîchement regelées.

 

L’arrivée sur la côte me submerge d’émotion. Nous voyons par les hublots l’île de Ward Hunt où nous devions arriver, d’immenses montagnes enneigées font faces à l’océan, les couleurs de la terre réapparaissent en même temps que le relief : la nature nous offre un retour des plus spectaculaire sous un ciel bleu azur et un soleil permanent. Nous pénétrons dans le fjord pour atterrir. 2 min après le DC3 qui arrive de la direction opposée et qui doit nous ramener à Resolute. L’atterrissage se fait sur une glace plane et recouverte d’un matelas de neige poudreuse puis c’est les retrouvailles avec nos quatre compagnons et Valentine qui est venue nous accueillir.

 

L’endroit est magique : deux avions mythiques en train de se ravitailler – le Twin et le DC3 – sur la banquise d’un fjord du bout du monde, entouré de montagnes et de glaciers dont les pentes abruptes plongent dans l’océan et une expédition qui rentre du pôle nord des images plein les yeux. Quel final ! Après une courte escale à Eureka pour faire le plein nous rentrons à Resolute où nous atterrissons à 7h30 ce lundi 10 mai, après une longue et belle journée polaire.

 

Ainsi s’achève l’expédition Deepsea Under The Pole by Rolex, 3 ans après que le projet soit né dans ma tête. Nous aurons vécu 45 jours sur la banquise durant lesquels nous avons exploré son univers sous-marin lors de 51 incursions. Nous ramenons les images que nous étions venus chercher, il reste donc à les faire partager. Le film de l’expédition, un 52 min, sera prêt au mois de novembre et sera diffusé sur Thalassa dans un premier temps. D’ici là, notre réalisateur Thierry montera un teaser pour nous faire patienter dès la longue phase de « dérushage » faite. Avec Manue, nous allons travailler sur un livre alliant récit et photos, pour raconter l’Arctique et la banquise sous un angle nouveau, ainsi que sur une exposition itinérante. A suivre donc dans les mois à venir.

 

Je remercie tous ceux qui nous ont suivis pendant l’expédition – vos témoignages sont touchants, surtout lorsqu’on les découvre massivement au retour. Je remercie tous ceux qui ont travaillé pour que le projet aboutisse, qui m’ont épaulé, conseillé, soutenu et défendu pendant ces 3 années de préparation. Je remercie les scientifiques qui se sont enthousiasmés pour l’aventure, les professionnels qui nous ont fait confiance. Je remercie l’équipe qui a travaillé au bon déroulement de l’expédition que ce soit avec moi sur la glace ou à Resolute et en France. Je remercie nos partenaires pour leur soutien – ils sont essentiels. Je remercie la Fondation d’entreprise Air Liquide et la Fondation 1796 pour nous avoir fait confiance et nous avoir encouragés. Enfin je remercie ROLEX SA qui a rendu le projet possible en le soutenant fortement depuis le début. Merci à tous et à demain pour un premier bilan.

 

Ghislain

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’équipe de retour à Resolute après 45 jours sur et sous la banquise.  

Lundi 10 Mai 2010 – Manue

 

 

Voir le diaporama de la récupération de l'équipe sur la banquise (10 mai)

 

 

 

 

C’est de l’hôtel à Resolute-Bay que j’écris cette news, face au passage du Nord-ouest encore partiellement gelé. Transition tranquille avant de retrouver l’agitation en fin de semaine, Montréal d’abord puis la France.

 

Notre récupération aura été un moment délicat, la fenêtre météo courte et le contraste (lumière permettant de voir le relief au sol) très faible. La piste était longue mais cabossée à cause du vent qui a soufflé les derniers jours. De nouvelles fissures commençaient à apparaître avec la hausse des températures. Nous devons notre vol de retour à Troy, pilote de Twin-Otter qui par deux fois a bien voulu poser et décoller dans ces conditions délicates. Cette « sortie » restera un moment gravé pour nous tous. Alban, Pascal, Clément et Benoît étaient dans le premier avion,  Ghislain, Vincent, Samuel et moi dans la seconde rotation. Kayak semblait surpris mais tranquille. Ce chien n’a pas fini de me surprendre! 

 

J’étais très émue en apercevant la côte, les montagnes se détachaient de la banquise, magnifiques. Ce doit être fabuleux de les deviner au loin en arrivant à ski ! En même temps nous constations que nous ne pouvions objectivement pas atteindre la côte cette année tant la banquise était morcelée et coupée en tout sens par d’immenses leads.

 

Nous nous sommes tous retrouvés à Cap Discovery  pour faire le plein et embarquer dans le DC3 dans lequel était Valentine. Nous avons serré bien fort dans nos bras ce bout de femme qui a été le cordon ombilical de l’expédition avec la terre durant un mois et demi. Merci Valentine d’avoir retransmis les nouvelles, les encouragements, rassuré nos proches, organisé ravitaillement et récupération, appels satellites avec les écoles et les journalistes. Merci Vonne d’avoir construit ce beau site et mis en ligne les news tous les matins en te réveillant.

 

En arrivant à Resolute, l’équipe a découvert les nombreux messages de soutien sur le livre d’or, Facebook, les forums et  blogs partenaires de l’expédition. Une chose est sure : nous n’étions pas seuls pendant ces 45 jours sur la glace, pas seuls à plonger sous le ventre du pôle. Il y avait du monde embarqué avec nous, dans les moments d’émerveillement mais aussi dans les plus difficiles. Cela ne fait que renforcer notre envie de partager ce que nous avons vu, témoigner modestement de cet « univers à la dérive ». Car plus nous avancions, plus notre curiosité était grande, il reste tellement à découvrir ! Mais pour combien de temps ? Je me demande comment certains peuvent revendiquer droit de propriété sur cette mer de glace,  planter des drapeaux au fond d’un océan. On ne peut pas mettre de frontières là-haut, il n’y a qu’un monde en perpétuel mouvement. On le regarde changer chaque jour, paysages sans cesse renouvelés, parfois en temps réel devant nos yeux de minuscules fourmis. Laissons en paix l’océan glacial arctique, il est déjà en sursis. Une prise de conscience collective, même à notre échelle, laissera peut-être le temps aux écoliers à qui nous avons parlé d’aller explorer à leur tour cet univers. Je le souhaite de tout cœur.

 

Et puisque l’on  parle de rêves d’enfants et de passions, un mot pour notre chef d’expédition. Il fallait bien être un peu givré pour écrire cette histoire ! Après trois années de travail, souvent ingrat, pour organiser cette aventure, il a du sur le terrain s’adapter constamment aux nouvelles situations et prendre des décisions parfois difficiles. Bravo Ghislain, tu as tenu le cap, et les objectifs sont atteints : 51 plongées, plusieurs milliers de photos, des dizaines d’heures de film… Pari réussi !
 
Manue

 

 

Progresser, camper, plonger
pour témoigner de cet « univers à la dérive »...

 

 

 

 


L’équipe en route vers le Cap Discovery.  

Dimanche 9 Mai 2010 (jour 45) – Valentine et Ghislain par téléphone.

 

Position géographique : 87°53'01’’ N - 55°01'24’’ W
Température de l’air : - 10°C sans vent, -18°C ressenti (12 km/h de vent du sud-est).

Distance parcourue :la dérive les a emmené 3,7 km vers le sud et 3km vers l’est en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1

 

Ce soir, 20h00 :

Les vols sont pour l’instant confirmés. Si tout se passe comme prévu et que la météo nous fait un dernier clin d’œil, nous devrions avoir toute l’équipe de retour à Resolute tôt demain matin heure locale, donc en après-midi pour la France, après une nuit en vol.

 

Aujourd’hui, la journée a commencé très tôt pour tout le monde : 4h pour l’équipe afin de baliser la piste correctement et 5h30 à Resolute pour attendre leur premier rapport météo. 6h : l’équipe explique qu’ils ont une couverture nuageuse de 8/8 et peu de contraste. Après consultation de nombreux spécialistes, les pilotes décident d’attendre un peu pour voir l’évolution. 9h : la couverture nuageuse s’allège un peu là haut, ils entrevoient le soleil timidement, les contrastes s’affirment. Cela n’est pas encore idéal mais au mois de mai, les jours de grand beau temps n’existent presque plus sur la banquise. En effet, la glace fond tellement que cela dégage des gaz, les leads s’ouvrent et perturbe la température, tout ceci crée des nuages. La couverture nuageuse est de toute façon nettement plus soutenue : « c’est la période des fenêtres » nous dit Wayne, « il faut arriver à en trouver une petite, juste assez pour le temps du vol et la saisir. On ne sait jamais quand sera la suivante. De plus, cela ne dépend plus que des systèmes de basse/haute pression qui sont sur l’arctique mais plus de la circulation locale, donc de la fonte. Rien de mieux que leur rapport météo sur place ».

 

10h30 : les pilotes décident de quitter Euréka et de se rendre vers l’équipe, en espérant que l’amélioration météo observée se confirmera. 15h30 : le Twin est maintenant à 1h30 de vol de la position de l’équipe. Les pilotes sont donc en contact direct avec eux par téléphone satellite.

17h00 : Le Twin a pu se poser, 4 membres de l’expédition sont à bord (Clément, Pascal, Alban et Benoit) et la moitié de l’équipement, direction le Cap Discovery.

La météo semble cette fois-ci nous aider un peu et quelques éclaircies apparaissent « au bon moment » nous dit Ghislain.

20h15 : Le Twin est arrivé au Cap Discovery, a dépose l’équipe et est déjà reparti pour aller chercher la deuxième partie de l’équipe (env. 5 à 6 heures aller/retour). Le DC3 partira de Resolute normalement à 22h pour se rendre au Cap Discovery.

 


Il est temps de rentrer.  

Samedi 8 Mai 2010 (jour 44) – Valentine et Manue par téléphone.

 

Position géographique : 87°55'27’’ N - 55°50'45’’ W
Température de l’air : - 12°C sans vent, -18°C ressenti (6 km/h de vent du nord-ouest).

Distance parcourue :la dérive les a emmené 5,5 km vers le sud en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Ce soir, 18h00 :

 

« Un grand lead s’est ouvert aujourd’hui près du camp : nous l’attendions et en sommes très heureux car nous avons pu plonger dedans. Nous avons pu faire des photos mi-air mi-eau superbes. Samuel, Ghislain et moi avons pris le petit-déjeuner et un thé dans l’igloo ce matin, c’était quelque chose ! Ce soir, nous avons fini l’essence et fait le dernier gonflage des bouteilles. Nous comptons plonger dans la nuit pour la dernière fois, la 50ème plongée de l’expédition si je ne me trompe pas. Nous n’avons plus que très peu de place sur l’ordinateur et sur les clés USB pour les photos, nous n’avons presque plus de cassettes vidéo pour les films, il est donc temps de rentrer. ». Manue

 

Ce soir, le Twin Otter a décidé de quitter Resolute et d’aller à Euréka pour attendre là-bas une fenêtre météo. Il n’est alors plus qu’à environ 5 heures de vol de l’équipe. La météo serait peut-être favorable pour demain, comme annoncé précédemment, mais nous ferons un point météo à 6 heures du matin, avec l’équipe et les pilotes pour confirmer ou infirmer le vol. L’équipe ira donc peut-être demain matin très tôt baliser la piste pour la rendre la plus évidente possible.

 

Si le vol est possible, alors le Twin Otter partira vers leur position, les pilotes pourront juger de la piste trouvée par l’équipe. Une fois le chargement effectué, le Twin se dirigera vers le Cap Discovery avec la moitié de l’équipe où l’attendra le DC3. Un deuxième aller/retour sera nécessaire. Le retour à Resolute sera très tard dans la soirée, si le plan marche comme prévu.


 

 


La dérive nous aide, le 88°N a été franchi cette nuit.  

Vendredi 7 Mai 2010 (jour 43) – Valentine et Manue/Ghislain par téléphone.

 

Position géographique : 87°58'15’’ N - 55°55'45’’ W
Température de l’air : - 11°C sans vent, -18°C ressenti (10 km/h de vent du nord).

Distance parcourue :la dérive les a emmené 7,4 km vers le sud et 3 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1

 

Ce soir, 20h00 :

 

« Je sors à peine de l’eau, cette plongée a été incroyable : Samuel et moi sommes descendus à 35 mètres, nous n’étions jamais encore allés aussi profond. Cela nous a offert un nouveau panorama et fait découvrir de nouveau une vie sous-marine un peu différente. Il serait très intéressant d’étudier également ce monde à ces profondeurs là ». Ghislain

 

« Nous avons maintenant un igloo fin prêt avec une table de jardin en glace devant ! Hier soir, Samuel a dormi dedans, il était très content d’être dans un endroit sans odeur, ni ronflement... pour une nuit ! La plongée que j’ai faite avec Ghislain et Samuel a été magnifique ». Manue

 

Maintenant que le soleil fait des apparitions près du pôle, la météo s’est dégradée autour de Resolute et du nord d’Ellesmere (lieu de ravitaillement pour les avions). Aujourd’hui, le blizzard a sévi avec des vents jusqu’à 50 km/h et une visibilité maximum de 200-300 mètres (parfois seulement 10 mètres !).

Le plan de vol a un peu changé pour des raisons logistiques et pratiques : un Twin Otter partira de Resolute la veille du jour où la récupération semble être possible afin d’être déjà à Euréka le jour J. Le matin suivant, un DC3 partira de Resolute avec du kérosène pour ravitailler le Twin au nord d’Ellesmere. Celui-ci ira récupérer la moitié de l’équipe et de son équipement. A son retour au lieu de ravitaillement, le chargement sera transféré d’un avion à l’autre : le Twin Otter pourra ainsi repartir chercher l’autre moitié de l’équipe pour finalement les transférer de la même façon dans le DC3 (qui peut contenir toute l’équipe et l’équipement sans problème). Le soir même normalement, le DC3 pourra rejoindre Resolute et l’équipe pourra apprécier la première étape de son retour vers la civilisation.

 

 


Enfin un peu de ciel bleu !  

Jeudi 6 Mai 2010 (jour 42) – Valentine etGhislain par email.

 

Position géographique : 88°02'08’’ N - 55°01'10’’ W
Température de l’air : : - 10°C sans vent, -17°C ressenti (13 km/h de vent du nord).

Distance parcourue :la dérive les a emmené 6,7 km vers le sud et 7,5 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 0

 

Voir le diaporama des dernières 3 semaines(16 avril - 5 mai)

 

 

"Les pilotes et Wayne notre météorologue nous l'avait annoncé et comme prévu, le soleil est revenu en fin de journée. Cela faisait 5 jours que nous ne l'avions pas vu et ça fait du bien: la banquise est resplendissante partout autour de nous. D'énormes blocs de glace émergent du chaos au sud et à l'est, la visibilité est excellente, la lumière inonde la glace et la neige et en fait ressortir des contrastes qui rendent ce pays si envoutant. Ce beau temps annonce aussi un probable retour à Resolute dans les jours à venir. S'il persiste et qu'il offre aux pilotes une fenêtre météo correcte d'au moins 24h, notre récupération pourrait avoir lieu samedi ou dimanche.

 

Nous avons tous accepté notre retour anticipé et sommes prêts à rentrer maintenant. Personnellement, j'aurai aimé rester plus longtemps, itinérer sur la banquise encore quelques semaines pour suivre son évolution jusqu'à l'été. Mais je suis aussi tellement heureux d'en être arrivé là: nous avons aujourd'hui fait notre 47ème plongée et les images que nous ramenons sont à la hauteur de l'univers qui nous entoure, elles sont magiques et surréalistes. Il est certainement temps de rentrer pour les partager et les raconter.

 

En 42 jours, nous avons connu le grand froid qui nous a cassé dès notre arrivée, la chaleur et le vent qui morcèlent la banquise, le blizzard et le jour blanc qui nous font tourner la tête, et la fonte de la banquise. Si elle est clairement visible en surface à mesure que le soleil monte dans le ciel, elle est encore plus frappante en plongée. Les formes droites et anguleuses laissent placent aux rondeurs, la glace dure et froide s'effrite et se ramollit, des morceaux se détachent ça et là et remontent vers la surface le long des crêtes tels une avalanche inversée. Nous allons bientôt quitter la banquise, chacun de nous le vit à sa manière comme ça l'a été durant l'expédition.

 

Nous allons retrouver les avions blancs et rouge de Kenn Borek et leurs pilotes "voldingueurs", puis la côte et ses couleurs avant de retrouver la civilisation. Modestement d'abord avec la petite communauté de Resolute puis de plus en plus ressemblante à la notre au fur et à mesure que nous redescendrons vers le sud. En attendant, nous sommes encore sur notre plaque de glace, aussi épaisse que protectrice, à très exactement 222,2 km du pôle Nord géographique au moment où j'écris!" Ghislain.

 

 

Aujourd’hui, nous avons eu trois rapports météo de la part de l’équipe : le premier (11h) et le second (16h) décrivait encore un jour blanc avec une couverture nuageuse de 8/8, peu de lumière mais une visibilité supérieure à 400 mètres. Cela fait plusieurs jours de suite que l’équipe n’a pas vu le soleil. Vers 19 heures, après avoir consulté Wayne pour des prévisions météo précises pour les jours à venir, il conclut notre entretien : « quand ils appellent ce soir, dis-leur de regarder au nord... Il devrait commencer à voir du bleu et probablement déjà un peu de soleil en ce moment même ». 20h15 précise, l’équipe donne sa météo : les nuages partent enfin vers le sud, la couverture nuageuse est d’environ 3/8 à 4/8, enfin un peu de lumière, de soleil et de contraste.

 

La dépression installée au-dessus d’eux depuis quelques jours a enfin décidé de commencer à filer vers l’est en faisant doucement place à un anticyclone arrivant de l’ouest. Les vents vont donc progressivement passer à l’ouest, puis au sud-ouest, ce qui d’après Wayne devrait enfin apporter un peu plus de lumière et de contraste. Nous faisons bien sur également le point avec les pilotes tous les jours qui confirment cette tendance et nous donnerons le « go » final quand ils jugeront que la météo est assez bonne pour un vol de récupération sécuritaire. Cependant, nous suivrons demain l’évolution précise de ce dégagement annoncé.

 

Un lecteur de notre newsletter nous a informé que l’animal inconnu de nos plongeurs (photo du 4 mai) pourrait être un Cténaire, Pleurobrachia pileus. Ces caractéristiques : bille ovoïde transparente de 1 à 3 cm de diamètre, Irisation de la lumière par les palettes ciliées, 2 longs tentacules collants ramifiés et rétractiles recouverts de colloblastes, Symétrie bilatérale. Il est également précisé pour Manue que ce qui a été filmé dans le film « Abyss » de James Cameron est un autre Cténaire : Mnemiopsis leidyi.

 


Le partage de cette expérience est primordial, aussi bien pendant que après l’expédition. 

Mercredi 5 Mai 2010 (jour 41) – Valentine et Manue par email.

 

 

Position géographique : 88°05'44’’ N - 52°28'35’’ W
Température de l’air : : - 7°C sans vent, -15°C ressenti (21 km/h de vent du nord).

Distance parcourue :la dérive les a emmené 1,9km vers le sud et 6 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1

 

 

Ce soir, 20h00 :

« Aujourd’hui, nous avons fait une plongée photo. Depuis quelques jours, nous sentons que le courant est de plus en plus fort, rien de terrifiant mais cela est de plus en plus marqué. Les algues sont, elles aussi, plus visibles chaque jour. Pendant que certains étaient occupés par la plongée, une équipe de trois est allée vérifier la piste qui est toujours là et en bon état ! Samuel a entrepris de construire un igloo, évidemment tout le monde a son avis sur comment s'y prendre mais pour l'instant il est le seul à vraiment essayer. Demain, je vais l’aider à voir les techniques qui fonctionnent et peut-être dormir dedans si possible avant le vol de récupération. De son coté, Kayak a réussi à ronger la corde avec laquelle je l'avais attaché : il a ensuite trouvé très amusant que tout le monde soit autour de lui à essayer de l'attraper. Cela a donné lieu à quelques scènes cocasses et a défoulé un peu notre chien! ». Manue.

 

La météo que l’équipe a eu aujourd’hui n’est pas bonne : jour blanc ce matin (couverture nuageuse : 8/8) puis une légère ouverture vers le début d’après-midi (couverture nuageuse : 7/8). Cela est très important pour les pilotes qui jugent le vol et l’atterrissage possible surtout en fonction de la lumière et des contrastes disponibles là haut. Il semble que cela devrait se dégager demain.

 

Depuis quelques mois, nous sommes en relation avec des écoles en France, certains membres de l’expédition sont allés rencontrer leurs élèves avant le départ. Nous avions convenu de leur donner des nouvelles si possible en direct depuis la banquise pour qu’ils puissent suivre cette aventure de près. Alors, depuis la dépose près du pôle Nord, nous avons organisé quelques rendez-vous téléphoniques pour partager cette expérience avec eux : les élèves de l’école du Loch à Auray et ceux du collège de la rivière à Etel ont par exemple pu échanger avec l’équipe pendant quelques minutes. Beaucoup de questions très pertinentes ont été posées et l’équipe a pris grand plaisir à y répondre : « Pourquoi la banquise fond plus vite que prévu ? », « Avez-vous rencontré des ours polaires ? », etc...

 

Au collège de la Rrivière, les élèves préparent maintenant une petite exposition à l'intention de tous les autres élèves du collège et seront ainsi les relais de cette aventure. A Auray, l’institutrice nous écrit que « les enfants étaient ravis, des étincelles plein les yeux, très content d’avoir entendu Emmanuelle ». Cet enthousiasme est réciproque, l’équipe ne manquera pas de leur rendre visite dès leur retour en France. Nous tenons à remercier tout particulièrement Delphine Barnaud et Pascale le Coustumer pour leur disponibilité. De plus, nous remercions aussi les élèves de Yannick Audrain du collège/lycée d’Enghien qui ont envoyé à l’équipe des mots d’encouragement pour ces derniers jours.

 


 

Mardi 4 Mai 2010 (jour 40) – Valentine et Manue par téléphone.

 

 

Position géographique : 88°06'47’’ N - 50°24'29’’ W
Température de l’air : : - 6°C sans vent, -10°C ressenti (11 km/h de vent de l’est/nord-est).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 1,8km vers le nord et 7,5 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

« Aujourd’hui de nouveau nous avons eu un jour assez blanc. Nous n’avons donc pas pu aller vérifier notre piste et nous diminuons les déplacements loin du camp dans cette météo. Nous avons plongé et observé de nouveau de nombreux crustacés. La lumière est vraiment différente maintenant sous la glace, pendant cette période de fonte.

Certains membres de l’équipe trouvent des idées curieuses pour leur temps libre : Alban aujourd’hui se demandait ce que ça faisait de dormir dans son traîneau ! Nous l’avons donc retrouvé allongé dedans, juste la tête sortie...L’expérience est apparemment concluante, il avait l’air à l’aise ! mais à quand même décider de choisir la tente pour ce soir ». Manue

 

Aujourd’hui, nous avons discuté avec l’équipe de l’emploi du temps, une fois de retour à Resolute. De plus, afin que Wayne puisse les aider à trouver d’autres pistes si besoin, nous prenons des repères sur la photo satellite (leads, vieille glace, etc) et comparons avec ce que l’équipe nous rapporte. Cela est nécessaire pour confirmer avec une très grande précision la position GPS. Ils nous décrivent donc ce qu’ils ont autour d’eux très précisément : « à 500 mètres au nord, une crête de compression et de la glace fine, notre piste est orientée nord-est/sud-ouest à 1km au nord de notre camp, etc »... La photo a été prise le 30 avril à 12h16 heure de Greenwich, l’équipe a donc rapporté sa position ce jour à 7h16 précisément. Cela, en plus du système existant sur notre site développé par l’université de Lille, va nous permettre d’avoir une excellente idée de leur environnement.

 

L’équipe donnera maintenant sa position GPS et un rapport météo précis deux fois par jour pour mettre le plus de données possibles à la disposition des pilotes.

 

Ecoutez l’interview réalisée par Yves Quentel et diffusée le 5 mai sur France Bleu Armorique.

Des échanges entre le pôle nord et le collège de la Rivière à Etel !



Drôle de spécimens observés.

Lundi 3 Mai 2010 (jour 39) – Valentine et Manue par email

 

Position géographique : 88°05'51’’ N - 47°50'14 ’’W
Température de l’air : : - 4°C sans vent, -6°C ressenti (11 km/h de vent de l’est/nord-est).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 600 m vers le nord et 3 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

«Nous avons beau être en "stand-by" pour notre récupération, nous n'avons pas pour autant arrêté nos activités. Les plongées s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Depuis 3 jours nous voyons la banquise fondre par en dessous et l'apparition, encore discrète, des algues sur la glace. Les arrêtes vives des blocs se sont transformées en rondeurs. La glace est polie et le plafond si dur est maintenant comme du "slush", on peut s'y enfoncer. La glace s'érode et on peut la gratter sur plusieurs centimètres. Les algues lui donne par endroits cette couleur verdâtre qui bientôt brouillera la visibilité dans la couche du haut. Les signes annonciateurs de l'été... un peu tôt cependant : nous ne sommes que le 3 mai!

 

En descendant un peu, on fait la rencontre de bestioles étranges, entre méduses et vaisseau spatial (vous avez vu "Abyss", le film?!) qui clignotent quand on les éclairent, rouge, vert, parfois avec de très long filaments, parfois en forme de zeppelin qui se gonfle et se dégonfle en nageant, flottant vers nous. Quel monde! Et quel privilège d'être témoins de cette "vie d'en dessous"! Benoît et Ghislain ont réussi à capturer les images photos et vidéos de ces créatures de science-fictio. Dès notre retour, nous présenterons nos images aux scientifiques capables d'identifier de tels spécimens.

 

Nous profitons autant que possible de ces derniers instants en dehors du monde. Sur ou sous la glace, on se rappelle là où on est, à quel point on a souhaité être là et vivre cette aventure.

 

Souvent je vois un des membres de l'équipe assis sur un bloc en haut d'une crête, perdu dans ses pensées. Pour ma part, j'aime mettre mon harnais et partir me balader et jouer avec Kayak. Il est devenu si agile pour sauter entre les blocs et savoir où passer, un vrai chien du pôle!».

Manue

 

Suite des coulisses de l'expédition : un grand merci à Louis, Christine et Wayne pour leur implication quotidienne...

 


La fonte de la banquise observée par en dessous.

Dimanche 2 Mai 2010 (jour 38) – Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°05’35’’N – 45°46’26’’W
Température de l’air : : - 9°C sans vent, -17°C ressenti (10 km/h de vent du nord-est).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 1,8 km vers le Sud et 3 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

« Aujourd’hui a pratiquement été un jour blanc, même pas d’éclaircie devenue habituelle en soirée. Nous avons trouvé un nouveau site de plongée, très proche du précédent mais encore différent. Nous voyons très bien maintenant la banquise fondre par en dessous : elle se désagrège quand on la touche, il y a un mélange d’eau salée et d’eau douce, on peut facilement décrocher des blocs entiers.

On observe aussi des algues vertes et jaunes qui se forment sous la banquise. Chaque plongée nous permet de découvrir des animaux différents : des crustacés, du plancton, etc. Avec Samuel, nous avons observé aujourd’hui un crustacé de 10cm * 10 cm, qui prend des teintes rouges dans la lumière et est assez filamenteux. J’espère trouver dès notre retour ce que c’est. En tout cas, nous sommes bien au cœur d’un autre monde. Nous descendons à 8 mètres environ, mais c’est superbe de voir l’évolution de la fonte vue du dessous ! Demain nous plongeons sur ce même site et dépendamment de la date du vol de récupération, nous organiserons le planning futur ». Ghislain

 

La fenêtre météo d’aujourd’hui a été trop courte de l’avis des pilotes pour effectuer le vol nécessaire. Nous restons à leur écoute et attendons leur feu vert pour les 2 vols nécessaires.

 


En attente d’une fenêtre météo.

Samedi 1er Mai 2010 (jour 37) – Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°06’31’’N – 44°52’31’’W
Température de l’air : : -9°C sans vent, -13°C ressenti (10 km/h de vent du nord/nord-est).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 4 km vers le Sud et 6 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

« Aujourd’hui, nous avons effectué 2 plongées : de très belles photos et des plans magnifiques à la caméra. Cela fait 3 jours que nous sommes sur ce site et aujourd’hui, nous avons pu observé des anges de mer, des centaines ! Je suis allé avec Manue et Kayak vérifier l’état des deux pistes repérées : elles sont en bon état, c’est une bonne nouvelle.
La couverture nuageuse varie beaucoup dans la journée : l’atterrissage des « Twins » nécessite une bonne météo de façon à ce que les pilotes puissent aussi distinguer les contrastes, il nous faut donc une éclaircie ou quelques heures ensoleillées. Nous avons ressenti de nouveau des secousses la nuit dernière »
. Ghislain

 

Avant de faire le vol de récupération de l’équipe, les pilotes doivent aller déposer des ravitaillements de kérosène le long du parcours. D’après Wayne Davidson et si les prévisions ne changent pas d’ici demain matin, il est possible qu’il y ait une fenêtre météo pour cela demain après-midi.

 

Les coulisses de l'expédition : à côté de l'équipe sur la banquise, d'autres acteurs s’affairent à terre...

 


« Allo Terre Ferme, ici Planète Banquise»

Vendredi 30 Avril 2010 (jour 36) – Valentine et Vincent par email

 

Position géographique : 88°08’46’’N – 42°42’21’’W
Température de l’air : :- 9°C sans vent, -12°C ressenti (8 km/h de vent du nord-est).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 3,7 km vers le Sud et 6 km vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

« Pour répondre à certaines craintes, non nous ne sommes pas encore emportés par les eaux! La situation est délicate mais pas encore désespérée!

 

La dégradation accélérée de la banquise bouscule le planning général et nous oblige à trouver une alternative à la récupération que nous avions prévue dans le cas, qui finalement se présente, où les conditions de glace deviendraient particulièrement difficiles. En réalité, l'état actuel de la banquise empêche l'avion qui nous a déposé le 26 mars d'atterrir en sécurité. Il s'agissait d'un DC3 qui fut capable de nous embarquer tous les 8 ainsi que notre matériel, mais qui risquerait aujourd'hui, même s'il parvient à se poser, de fragiliser la glace et de ne plus pouvoir redécoller.

La compagnie aérienne avec qui nous traitons, spécialisée dans les vols polaires, est elle même surprise car l'année dernière ce DC3 avait pu voler jusqu'au 16 mai. La solution désormais proposée est d'utiliser deux Twin Otter, ces petits avions qui ne décrochent qu'à très faible vitesse, ce qui leur permet d'atterrir sur de très courtes distances et une glace
plus fine. Mais il s'agit là d'une logistique bien plus complexe à mettre en oeuvre car les "Twin" sont moins autonomes et doivent au préalable se charger de carburant, effectuer de multiples dépôts sur le trajet puis s'y ravitailler lors du vol "officiel". Cette option nécessite des créneaux météos plus larges et des pilotes plus nombreux, mais Kenn Borek Air y travaille activement et pense être ici à partir du début de la semaine prochaine.

 

D'ici là nous continuerons à surveiller les plaques qui nous entourent car il faisait seulement -6°C au réveil et elles commencent à prendre de l'aise. Aujourd'hui encore des nouvelles fractures sont apparues, et nous avons ressenti une secousse brutale lors d'une compression. Mais la piste que nous avons repérée elle n'a pas bougé. Nous croisons les doigts pour qu'elle tienne encore quelques jours..."

 

Si la glace est molle, l'équipe elle tient. Le camp est planté sur une plaque épaisse de 4 mètres, et sans nous rationner, nous disposons encore de 14 jours de nourriture. Organiser notre récupération occupe certains à plein temps, mais le travail d'images sous-marines n'est pas pour autant négligé. Il nous reste 3 jours d'essence pour gonfler les bouteilles et les plongeurs sont bien déterminés à les utiliser ! Hier et aujourd'hui, ils se sont motivés pour tourner des images à l'envers, les palmes au plafond, les vidages de masque par le haut et la caméra renversée... Pas facile d'évoluer ainsi sous l'eau, certains grommellent mais le résultat est surprenant, on croit revoir les premiers pas sur la Lune, chaque plan nous transporte à la découverte d'un univers totalement inconnu.

 

Nous sommes tristes de devoir quitter la banquise si vite mais impatients de partager bientôt tout cela avec vous. "Allo Terre Ferme, ici Planète Banquise nous arrivons!". Vincent

 

  Lire l'article publié dans l'Express.fr par Elodie Bousquet, le 30/04/2010

 


On doit s’adapter à l’imprévisibilité de la banquise...

Jeudi 29 Avril 2010 (jour 35) – Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°10’45’’N – 40°57’02’’W
Température de l’air : :-15°C

Distance parcourue : La dérive les emmène vers le sud-est.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

La journée d’aujourd’hui a été passée à trouver des solutions compte tenu des nouvelles données fournies par « Kenn Borek Air ». Nous avons reçu aujourd’hui une photo satellite Radar Sat 2 de très haute définition de la banquise (résolution nominale 3 mètres), centrée sur la position de l’équipe. Wayne a commencé à étudier cela et il a observé en effet qu’il n’y a pratiquement pas de vieille glace dans cette zone. Cela vient donc confirmer le rapport des pilotes d’hier. Nous attendons demain les données précises de la part de « Kenn Borek Air » (dates, noms des pilotes, etc.).  pour organiser leur retour rapidement.


Nous remercions beaucoup Thomas Logan de « MDA Geospatial Services / RADAR SAT 2 » pour nous avoir fourni gracieusement une photo satellite très haute définition dans les plus brefs délais.
 
Ecoutez l’interview Radio de Ghislain Bardout par Sophie Brems diffusée le 28 avril (Planète première / RTBF)

 


Dame Nature ne nous facilite pas la tâche...

Mercredi 28 avril 2010 (jour 34) – Valentine et Ghislain par téléphone

 

 

«Aujourd’hui, nous avons fait 2 plongées : l’une avec Alban et Benoît puis la seconde avec Benoît, Samuel et moi. Le site est toujours superbe et nous offre beaucoup de nouveautés. Par contre, il ne fait pas beau, très gris, le temps est très humide, du coup nous avons de nouveau cette sensation de froid. La banquise est très éclatée, et de plus en plus, c’est morcelé et nous voyons l’évolution très rapidement ».

Cet après–midi, Kenn Borek Air a réuni ses meilleurs pilotes ainsi que les responsables de l’entreprise pour évaluer les risques liés à notre vol, en fonction de l’évolution de l’état de la banquise depuis 2 jours. En effet, personne ne pouvait prévoir cela à cette vitesse là, mais les faits sont là : cela va très vite, nettement plus que prévu et que les dernières années. Ils ont conclu que cela présente maintenant de plus en plus de risques d’envoyer un DC3 sur la banquise, même en prenant en compte la piste que l’équipe a trouvé. Il serait peut-être possible d’atterrir mais c'est un avion lourd et il risque de casser la piste. Il serait donc impossible de redécoller, ce qui entraînerait beaucoup de problèmes (affrètement en urgence d’autres avions pour récupération, etc.).

Il est difficile parfois de dépendre de ces facteurs incontrôlables mais comme ils le disent eux-mêmes : « nous avions tout prévu pour une sécurité maximum et fait un suivi strict chaque jour mais Dame Nature en a voulu autrement ».

Le plan doit donc être repensé avec ces nouvelles données.

 


Une décision maintenant inévitable.

Mardi 27 Avril 2010 (jour 33) – Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°12'39"N - 40°42'32’’W
Température de l’air : :-20°C avec vent -29°C, 10 km/h vent sect SE.

Distance parcourue : non communiqué
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Voir le diaporama du ravitaillement du 10 avril

 

 

Le 21 avril, L’équipe envisageait une sortie plus tôt que prévue de la banquise pour des raisons logistiques évidentes. Depuis ce jour, nous sommes en contact permanent avec les pilotes de « Kenn Borek Air » et observons très attentivement la banquise : les conditions de glace de cette année sont mauvaises, la glace plus fine, le printemps trop chaud et elle commence donc à se disloquer rapidement. Depuis hier, les contraintes logistiques et météorologiques deviennent plus préoccupantes et ainsi, nous devons les respecter et tout mettre en œuvre autour de cela.

 

Suivant toutes nos sources (cartes de glace, analyse de la température en arctique par rapport aux moyennes, vérification de la dérive, prévisions météorologiques, etc.) et après analyse détaillée de l’évolution de la banquise par Wayne Davidson, il semble que l’hiver ait fait place à un printemps très chaud et soudain. Depuis quelques jours, les températures sont environ 10 à 15° supérieures aux normales de la période. Chaque jour, sur la carte satellite, nous découvrons de nouveaux leads, des plaques de glace qui se disloquent, et le soleil est maintenant là en permanence. Wayne nous prévient : « Maintenant, les leads ne vont plus se refermer, il fait trop chaud, je vérifie ça deux ou trois fois par jour et je le voie distinctement : la glace fond, la dérive augmente, les cartes satellites le montrent de plus en plus clairement, on entre dans un printemps qui ressemble au mois de juin ».

 

L’équipe nous informe chaque jour des nouvelles données depuis le terrain : « Nous voyons assez nettement depuis deux jours des changements : les leads s’ouvrent, des crêtes de compression se forment autour de nous suite aux mouvements de deux plaques, nous entendions des craquements sous l’eau il y a quelques jours, nous remarquons les mêmes maintenant sous les tentes la nuit, on sent que la tension de la banquise se relâche, c’est assez net ».

 

L’équipe souhaite rester sur la banquise le plus longtemps possible afin de maximiser leurs efforts et leurs plongées. Mais pour respecter les contraintes logistiques liées à cet endroit du monde, ainsi que pour des raisons de sécurité évidente, nous avons évalué toutes les options possibles depuis le 21 avril.

Aujourd’hui, les pilotes et les managers de « Kenn Borek Air » (responsable des vols sur la banquise) avec lesquels nous sommes en contact quasi-permanent nous ont annoncé que le vol nécessaire pour aller les chercher (1DC3 et 1 Twin otter, même configuration que la dépose) ne va plus être possible dans les jours qui viennent.

Le DC3 est un avion pratique (peut contenir jusqu’à 2000 kg) mais également lourd et si la glace est trop fine, elle ne peut pas supporter son poids. Cela devient alors dangereux de le faire atterrir et/ou décoller chargés d’équipement et d’hommes. Le Twin Otter est nettement plus petit et léger mais moins autonome en essence : il ne peut contenir que 4 personnes et 4 traîneaux au maximum et ne peut aller à 88°N sans un ravitaillement d’essence. Nous avons donc besoin des deux : le twin otter va se poser en premier puis diriger le DC3 pour un bon atterrissage si possible, selon les directives des pilotes.

 

Pour optimiser nos chances de laisser l’équipe le plus longtemps possible sur la banquise, nous nous sommes rapprochés d’une autre expédition (également sur place et donc avec le même problème) pour éventuellement nous « allier » pour ce vol : plus de monde à aller chercher, donc l’organisation est différente et aurait permis d’obtenir un peu plus de temps sur place. Finalement, cette solution n’était pas réalisable de leur coté.

 

Ce soir, nous avons tout étudié, discuté, observé, réfléchi et repensé et avec l’avis de Wayne ainsi que les recommandations pressantes des pilotes en regard de la glace, nous avons décidé d’organiser ce vol et d’aller les chercher. Nous avons donc confirmé à « Kenn Borek Air » que nous souhaitions réserver un DC3 et un Twin Otter.

 

Puisqu’il n’est pas évident de faire atterrir un DC3 sur la banquise à cette époque, l’équipe s’est réorganisé depuis aujourd’hui pour chercher des « pistes d’atterrissage » potentielle. Il faut trouver un terrain de 1000 mètres de long, relativement plat, pas trop de neige, avec au moins 90 cm d’épaisseur de glace tout le long et faire une bonne signalisation sur place.

Samuel et Clément sont allés en reconnaissance et ont trouvé a priori une piste ! Eux-mêmes n’en revenaient pas : « nous n’avons pas croisé cela depuis que nous sommes sur la banquise. Reste maintenant à espérer qu’elles restent dans le même état jusqu’à ce que l’avion arrive, mais elle est très bonne pour l’instant, nous sommes confiants ».

 

Nous aurons plus d’information dès demain quant à la date fixée pour le vol nécessaire. Cela peut être fait très rapidement, dépendamment de la météo bien sur et de la disponibilité des avions et des pilotes. Nous mettons tout en œuvre pour que l’équipe reste le plus longtemps possible mais sommes à partir de jeudi matin en stand-by pour un vol de récupération.

 


Un site « artistique »...

Lundi 26 avril 2010 (jour 32) - Valentine et Manue par téléphone

 

Position géographique : 88°14’26’’N – 42°28’38’’W
Température de l’air : - 17°C sans vent, -23°C ressenti (4 km/h de vent du sud/sud-ouest).

Distance parcourue : la dérive les a emmené 4,75 km vers le Sud et 3 km vers l’est en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

« Aujourd’hui, nous avons fait 2 plongées sur un nouveau site : nous sommes au même endroit et n’avons pas bougé le camp mais juste choisi une autre entrée (un autre trou). Nous qualifierons ce site « d’artistique » : de très belles courbes, une glace très épurée, des massifs de cristaux, c’est très beau et encore différent. Certains d’entre nous viennent de le mettre en haut de leur classement du meilleur site trouvé. Au niveau de la vidéo, cela marche très bien, nous avons de très beaux plans. Pour les photos, Benoît a eu des soucis aujourd’hui mais hier il a réussi a prendre de jolis poissons, des anges de mer, des méduses, etc.

Demain, je vais plonger avec Benoît et Ghislain ». Manue

L’équipe a une bonne météo pour les quelques jours à venir : beau et frais (environ -20°C). D’après Wayne Davidson, ils ont déjà des températures « chaudes » pour la saison mais qui restent quand même « assez fraîches » pour la qualité de la glace. Globalement d’après nos sources, les températures moyennes en arctique en ce moment sont de 10 à 15°C supérieures à ce qui est observés normalement à la fin du mois d’avril.




« Là-haut... »

Dimanche 25 avril 2010 (jour 31) - Valentine et Vincent par Email

 

Position géographique : 88°17’03’’N – 43°40’36’’W
Température de l’air : - 21°C sans vent, -30°C ressenti (11 km/h de vent d’ouest)

Distance parcourue : la dérive les a emmené 5,5 km vers le Sud et 6 km vers l’est en 48 heures
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2 hier et 2 aujourd’hui

 

"Là-haut". C'est ainsi que nous définissions le pôle nord lors de la préparation de l'expédition et des entraînements à Tignes et Bessans : "Quand on sera là-haut...", "Là-haut, il faudra...".
Depuis un mois, ce "Là-haut" est devenu notre "ici" et nous n'y faisons pas que marcher et plonger. Nous y effectuons également en permanence d'autres activités : bricolage, relevés scientifiques, photographie, film, toilette, communication..., bref nous y vivons et il est agréable, même si le froid reste contraignant, de voir que nous y parvenons de plus en plus facilement. Nous avons appris à habiter dans la neige, à apprécier la température selon la tendresse des barres de céréales, à la saveur plus ou moins libérée des figues ou du chocolat, aux pommettes qui piquent ou plus personnellement au bruit du zoom de la caméra, quand ça grince c'est qu'il fait plus de -30°C ! Chaque matin et soir, Clément vient affiner nos estimations parfois loin du compte : "Tiens, il fait -41°C !" alors qu'on pariait pour un -20°C !

En revanche, nous sommes désormais infaillibles pour reconnaître un lead trop peu gelé ou une zone de poudreuse à éviter. Seul le jour blanc sait encore brouiller nos repères, on s'en aperçoit lorsqu'on bute sur une congère, étonnés de s'être laissés empêtrer si facilement.

Ce qui surprend le plus encore, c'est la fragilité de ce paysage. Si il était difficile la première semaine d'imaginer un jour un voilier naviguer dans ce vaste chaos, nous avons aussi vu que ce monde d'apparence immobile se métamorphose rapidement. Un peu de vent et voilà notre cadre de vie transformé ! Une hausse de température quant à elle tourne vite à un univers d'apocalypse, fracturant l'océan blanc et le parsemant de glaces folles. Le retour de l'eau à l'état liquide semble soudain si facile. En attendant, nous profitons de chaque jour qui nous est offert sur cette fascinante banquise et nous efforçons d'en ramener les meilleures images.

Vincent



30ème jour sur la banquise...

Samedi 24 avril 2010 (jour 30) - Valentine

 

Pas de communication avec l’équipe ce soir.

 

Ils ont envoyé hier soir des photos de ces derniers jours, ce qui a leur a certainement pris beaucoup de temps et de batteries. Nous attendrons donc la prochaine communication pour avoir toutes les données.

 

Ce matin, ils ont appelé Thierry Robert (réalisateur du film), afin qu’il puisse suivre ce que l’équipe a pu filmer depuis le début de l’expédition aussi bien sur la surface que sous la glace: ils sont très régulièrement en contact. Cela permet de faire un point détaillé avec les deux caméramans, d’éventuellement résoudre des problèmes techniques et de parler des conditions météo influençant plus ou moins les prises de vues : il est bien sur plus simple pour Vincent (et pour la caméra) de filmer par des températures supérieures à -30°C. Pour Ghislain, Il s’agit de faire très attention à la température dans la tente de préparation des plongeurs afin de réduire le risque de givre sur la lentille de son caisson sous-marin. Même problème pour Benoît.

 

Ils prévoyaient de plonger aujourd’hui sur le site décrit par Ghislain hier soir, ce qui permettrait de découvrir encore une autre face cachée de la banquise.

 

D’après les prévisions météo, l’équipe devrait avoir du vent du Sud ouest demain matin (dimanche) de 10-20 nœuds puis le vent devrait diminuer et virer au Sud dès lundi matin.



Blizzard moins fort que prévu et bruits de craquement entendus sous la glace...

Vendredi 23 avril 2010 (jour 29) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°19’55’’ N - 45°44 ‘56’’ W Température de l’air : -19°C sans vent, -30°C ressenti (20 km/h de vent du Sud).

Distance parcourue : la dérive est actuellement de 0,6km/h vers le nord-est.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

 

Ce soir, 22h20 heure locale :

 

« Le blizzard annoncé s’est levé cet après-midi mais un peu moins fort que prévu, ce qui a été très apprécié. Nous avons effectué 2 plongées sur notre nouveau site encore extraordinaire et original : nous sommes sur une très grosse plaque de banquise, 3 à 4 mètres d’épaisseur, et à la jonction de trois plaques similaires. Ces plaques ont des crêtes très impressionnantes et plusieurs leads bien pratiques. La plongée sur ce site ressemble à la plongée spéléo : des puits, des failles, des puits de lumières, une glace très épaisse, ce que nous n’avions pas eu auparavant. J’ai pu faire une heure de tournage sous l’eau aujourd’hui et Benoit de très belles photos lors de la deuxième plongée avec Alban. Ils sont d’ailleurs sortis de l’eau car ils ont entendu des craquements sous l’eau ! Cela venait en fait du vent qui poussait les plaques de glace les unes contre les autres mais ça doit être très curieux à entendre d’en dessous ». Ghislain

 

L’équipe a appelé alors qu’ils étaient tous rassemblés dans la grande tente pour le dîner. Le blizzard les a épargné, ils n’en ont eu que les prémices, il faut cependant rester vigilant jusqu’à Samedi matin. Les prévisions météo pour Dimanche et Lundi sont bonnes, avec de l’air plus chaud.

 


Blizzard annoncé.

Jeudi 22 avril 2010 (jour 28) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°19’47’’N - 48°32 ’06’’ W
Température de l’air : -24°C sans vent, -35°C ressenti (9 km/h de vent d’Ouest/sud-ouest).

Distance parcourue : 5,63 km
Nombre d’heures de progression : 5h
Nombre de plongées  : 0

 

 

«Aujourd’hui, il fait beau mais froid... Nous avons eu -40° ce matin : bien sur, c’est mieux pour la glace mais les bonhommes souffrent un peu de nouveau. Nous sommes repartis en progression ce matin mais la banquise est vraiment chaotique et la progression lente. Nous avons passé de très grosses crêtes de compression, nous avons avancé bien sur mais cela a été très fatigant. Aujourd’hui, nous cherchions une bonne plaque de glace pluriannuelle pour pouvoir camper afin d’être en sécurité pour le blizzard annoncé pour demain. Ce soir, nous avons trouvé notre lieu de campement et également notre prochain site de plongée ! Nous sommes sur un très beau site de nouveau, une dizaine de crêtes de compression et de leads autour de nous, au croisement de plusieurs plaques de vieille glace. Nous devrions être relativement bien pour demain, en tout cas, nous sommes préparés. Si la météo nous le permet, nous plongerons dès que possible demain».Ghislain

 

Les prévisions météo d’aujourd'hui annoncent en effet un blizzard pour demain vendredi : le matin, vent du sud/sud est 10 à 20 nœuds avec de l’air plus chaud. L’après-midi et le soir : vent du sud/sud est 20 à 30 nœuds. Une dépression vient de l’ouest et part vers l’est très rapidement créant ce phénomène. Samedi : ils seront dans le centre d’une autre dépression et n’auront donc plus de vent. Le beau temps reviendra dimanche.

 


Une sortie envisagée plus tôt que prévue.

Mercredi 21 avril 2010 (jour 27) - Valentine et Manue par email

 

Position géographique : 88°26’09’’ N- 49°08 ’55’’ W
Température de l’air : -23°C sans vent, -32°C ressenti (10 km/h de vent d’Ouest).

Distance parcourue : La dérive les a emmené environ 4,5km vers le sud et 4,5 km vers l’est.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

L’équipe envisage maintenant une sortie plus tôt que prévue de la banquise pour des raisons logistiques évidentes. Aucun avion ne pourra bientôt plus se poser dans ces conditions de glace pour les récupérer, et atteindre la côte n'est plus envisageable cette année. En effet, leur progression est trop faible à ce jour : cela est en partie dû à l’état de la banquise cette année qui ne permet pas la progression prévue avec des traîneaux aussi lourds (notamment le poids considérable de tout le matériel nécessaire à la plongée). Dans les semaines qui viennent, les températures ne vont qu’augmenter et le soleil être de plus en plus haut, ce qui fait que la banquise va se transformer en un gigantesque chaos de glace et finalement d'eau libre. De plus, l’une de nos principales missions est de ramener un témoignage en image de cet endroit du monde : le spectacle sous-marin est tellement fascinant et la banquise sous-marine encore plus variée que prévu que la priorité a maintenant été donnée aux plongées plutôt qu’à la progression.

Nous étudions donc pour l’instant toutes les options logistiques possibles pour être prêts quand cela sera nécessaire.

 

Vous trouverez un article de Wayne Davidson sur l’état de la banquise arctique en 2010 sous la rubrique : Le milieu : l'Arctique ".

 

Manue par email (écrit le 20 avril)

« Comme vous le savez par valentine, nous sommes arrêtés depuis deux jours sur notre troisième site de plongée. Ce qui nous a tous frappé lors de notre première immersion ici, c'est que nous sommes passés dans un monde en trois dimensions : falaises et crêtes de glaces descendent à plus de vingt mètres sous la surface de chaque coté de nous. Il faut dire que nous nous sommes arrêtés ici car nous avons eu un coup de coeur en voyant ce lead fraîchement regelé au pied d'une belle crête de compression. Une fois de plus, nous sommes heureux de voir que c'est bien dans l'itinérance et le voyage que nous avons nos coups de coeurs sur les "spots" de plongée. Notre curiosité est double quand nous progressons : nous regardons la surface en essayant aussi d'imaginer son envers! Le lead devant nous a beaucoup bougé depuis que nous sommes là : il s'est d'abord réouvert puis s'est refermé en formant une nouvelle crête de compression.
Tout cela dans des bruits et des grincements qui n'appartiennent qu'à la banquise. Vous pourrez certainement les entendre dans le film de l'expédition grâce à Vincent qui a passé des heures à filmer devant ce lead et que je voyais reculer brusquement par moments quand ça se fissurait sous ses pieds. Nous surveillons aussi une fissure qui passe proche de notre grande tente.

Le blizzard annoncé semble reporté à vendredi et il fait grand beau et froid aujourd'hui. Un petit mot sur nos trois non-plongeurs pour changer! Vincent comme je viens de le dire passe beaucoup de temps à filmer et nous avons tous hâte de découvrir ses images. Pascal et Clément ont régulièrement le poste de responsable surface, qu'ils assument avec un grand sérieux et bonne humeur. C'est très important car le plongeur avant de se mettre à l'eau n'est pas autonome. Il a besoin qu'on l'aide pour tout, mettre les instruments, le masque, dégivrer le matériel avant et après la mise à l'eau. Sous l'eau, ils nous relient à l'air libre en tenant la longe, "pas trop tendu mais pas trop lâche"... Ils ont toute notre confiance pour ce job pas facile. Ils assurent aussi les relevés scientifiques météo et d'épaisseur de neige...quand ils ne disputent pas une partie de go! » Manue


Clément s’affaire pendant les plongées sur la banquise.

Mardi 20 avril 2010 (jour 26) - Valentine et Clément par téléphone

 

Position géographique : 88°28’29’’ N- 50°42’27’’ W
Température de l’air : -21°C sans vent, -27°C ressenti (6 km/h de vent du Sud).

Distance parcourue : La dérive les a emmené environ 2,8km vers le sud et 6km vers l’est.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Aujourd’hui, 21h00 locale :

 

«Comme tous les jours de plongée, je m’occupe de tout ce qui tourne autour de cela : aider les plongeurs à s’équiper, faire fondre de la neige pour que l’on ait de l’eau chaude en permanence, préparer leur sortie...

Je suis également chargé de prendre la météo, de faire donc les relevés nécessaires (position GPS, température, vitesse et direction du vent, pression atmosphérique, hygrométrie, etc.) ainsi que de noter les données scientifiques (épaisseur de neige et de glace principalement). Je m’occupe aussi du programme que nous suivons qui permet d’étudier la physiologie des plongeurs. Ainsi, environ une fois par semaine, chaque plongeur doit avaler une gélule et observer sur un boîtier la température corporelle qui s’affiche, puis elle est enregistrée tout au long de la journée. Je me charge du bon déroulement de ce programme. De plus, nous faisons également une étude sur le sommeil : 5 d’entre nous portent en permanence au poignet depuis le 9 mars 2010 un bracelet mesurant l’agitation en particulier dans les phases de sommeil (rythme et qualité).

 

Tout ceci prend déjà pas mal de temps dans la journée. Sinon, le matin, pendant que l’on met toutes les batteries à charger, je profite de ce moment pour m’isoler un peu (parfois avec de la musique) et faire autre chose ; ce matin, je suis parti faire des photos avec Benoît par exemple…Les activités ne manquent donc pas du tout. Demain, l'équipe replonge et nous pensons repartir dès jeudi.

 

Nous avons décidé de changer la répartition des tentes demain, ce qui n’est pas arrivé depuis le début de l’expédition. En effet, nous avions préféré garder les mêmes groupes pour que chacun trouve ses repères au début. Nous aurons donc à partir de demain : Manue, Pascal, Alban et Samuel dans la grande tente, Vincent et Benoît dans une des petites tentes et Clément, Ghislain dans l’autre.

 

Pour revenir un peu sur le début de l’expédition : j’ai trouvé le début très, très dur : se lever le matin, sortir de son sac de couchage, j’avais des petites gelures, mon traîneau était lourd (160 kg), cela a été très dur à gérer. Mon harnais a maintenant vraiment une autre tête après 26 jours avec moi ici ! Mais maintenant, ca va bien; nous profitons d’être ici ! Même si la banquise est toujours très difficile pour progresser». Clément

 


Les cathédrales de glace portent apparemment bien leur nom.

Lundi 19 avril 2010 (jour 25) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°29’58’’ N- 52°54’39’’ W
Température de l’air : -24°C sans vent, -27°C ressenti (4 km/h de vent du Sud)

Distance parcourue : La dérive les a emmené environ 800mètres vers le sud et 12km vers l’est.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Aujourd’hui, 22h00 locale :

 

«Aujourd’hui, nous avons eu beau temps et de très belles lumières. 2 nouvelles plongées: Benoit et Alban puis Ghislain et Samuel. Nous avons tenté de pénétrer dans la crête de compression, en passant en dessous et en se faufilant entre les blocs et les tombants. De nouveau, un nouvel univers s’est ouvert à nous, il était juste là depuis le début mais nous ne l’avions même pas imaginé. Nous avons vraiment l’impression d’évoluer dans des cathédrales (de glace) : des blocs, des colonnes, des piliers, des tombants, tout y est !

Nous avons eu un problème avec la vidéo aujourd’hui, un problème de netteté encore à cause des différences de températures, cela sera donc réglé demain mais nous avons par conséquent décidé de rester sur ce site encore deux jours pour rattraper le jour d’aujourd’hui, pouvoir filmer parfaitement ces cathédrales et puis pour laisser passer le blizzard annoncé. Nous tenterons de trouver un autre spot de plongée en repartant dès jeudi ». Ghislain.

 

Les prévisions météo annoncent en effet un blizzard depuis quelques jours mais qui n’arrête pas d’être reporté. Hier encore, nous pensions qu’un blizzard arriverait dans la zone où se trouve l’équipe à partir de jeudi car une dépression et un anticyclone se rapprochaient l’un de l’autre au sud de leur position et les isobares se resserraient de plus en plus. Cependant, depuis cet après-midi, les prévisions ont changé : l’anticyclone s’impose finalement et va permettre de garder la dépression au sud ouest de leur position. Prévision météo pour mardi : vent du S/SO à 10-15 nœuds, même météo que lundi. Mercredi : Vent de l’ouest modéré, un peu plus froid.

 


Les paysages sous-marins sont fabuleux dans l’un des endroits les plus inhospitaliers de la planète.

Dimanche 18 avril 2010 (jour 24) - Valentine et Manue/Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°30’21’’ N - 56°52’22’’ W
Température de l’air : -18°C sans vent, -27°C ressenti (13 km/h de vent du Sud)

Distance parcourue : La dérive les a emmené environ 2,8km vers le sud et 7,5 km vers l’est
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Aujourd’hui, 21h00 locale :

 

« Nous sommes restés sur le site de plongée d’hier, c’est tellement impressionnant et hallucinant : du grand spectacle. J’ai effectué une plongée avec Ghislain et Samuel. Je suis resté 30 minutes, Samuel 50 minutes et Ghislain environ 1h 10 durant laquelle il a pu nous filmer entrain de prendre la température sous la glace par exemple. J’avais l’impression d’être dans l’espace pendant cette plongée, je n’avais jamais eu cette sensation sous l’eau : il y a des crêtes partout, la visibilité est extraordinaire. Puis, Benoît et Alban ont fait la deuxième plongée pour que Benoît prenne des photos.

Nous avons fait notre trou de plongée dans le lead regelé dont nous parlions hier (qui passe entre les 2 morceaux de la crête fracturée). Pendant la nuit, il s’est ré ouvert et cela a cassé de partout. C’était très beau et nous plongeons donc directement dans le lead maintenant.

Nous avons eu beau temps aujourd’hui, les températures ont varié entre -21°C et -31°C avec le vent. Ce soir, il semble faire un peu plus chaud. Nous restons sur ce site encore demain puis pensons repartir mardi matin». Manue.

 

« Les plongées sont toujours incroyables : J’ai pu filmer une espèce de méduse d’environ 10 cm de diamètre qui avait des reflets arc-en-ciel dans la lumière de mon phare. Superbe. Nous avons pris la température de la glace sous l’eau aujourd’hui, après avoir fait une carotte dans la glace par-dessous : -2,8°C. La manœuvre n’est pas très simple car lorsque nous faisons la carotte de glace, des bulles d’air viennent se loger dans le trou, et cela n’est plus très simple de lire le résultat. Nous confirmerons donc cela demain. » Ghislain.

 

Pendant que les plongeurs travaillent et s’émerveillent sous l’eau, les non plongeurs ont pas mal d’activités à faire : faire fondre de la neige pour avoir de l’eau chaude presque en permanence, faire de la soupe, aider les plongeurs à s’habiller et à s’équiper avant leur plongée puis les aider pour la sortie, enfin ils ont un peu de temps pour les loisirs personnels : nous apprenons ainsi que Clément et Pascal continuent leurs parties de « Go » dans la tente (Pascal est vainqueur pour l’instant...).

Les plongeurs ne semblent plus avoir assez de mots pour faire passer leur émerveillement et la joie de réaliser leurs rêves pour certains. Le moral de l’équipe est très bon ces jours-ci.

 


Un site de plongée au-delà de toutes espérances !

Samedi 17 avril 2010 (jour 23) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique :88°31’51’’- 59°21’28’’ W
Température de l’air : -15°C sans vent, -18°C ressenti (3 km/h de vent du Sud-ouest)

Distance parcourue : non précisé
Nombre d’heures de progression : 1h
Nombre de plongées  : 2

 

Aujourd’hui, 21h30 locale :

 

« Ce matin, nous avons levé le camp, marché pendant 1 heure et nous avons identifié un site de plongée encore mieux que celui que nous imaginions hier : phénoménal et sensationnel. Le site se trouve près d’une énorme crête de compression de 6 à 8 mètres de haut qui est fracturée en deux. Un chenal d’eaux libres passe entre les deux morceaux, il commence même à être partiellement regelé. Nous avons plongé à 20 mètres de profondeur, et je pense que la visibilité est d’environ 200 mètres sous l’eau : extraordinaire.

Les photos de Benoît aujourd’hui sont magiques, encore mieux que ce que l’on a depuis le début : les belles lumières arctiques, la visibilité incroyable et les crêtes plongeant à 15-20 mètres sont trois phénomènes que l’on a en même temps !

La journée d’aujourd’hui justifie l’expédition en entier : nous avons trouvé ce pourquoi nous sommes venus ! Sous l’eau, très peu de faune, j’ai filmé une petite méduse (env. 2cm de long), vu des cristaux gigantesques et de sublimes falaises de glace. Avec Samuel, nous avons assisté à une avalanche de glace à l’envers : le bout de la cathédrale de glace immergée s’est désolidarisé et est donc remonté vers la surface en morceaux !

 

Chaque plongée améliore la qualité du travail accompli et enrichi les données collectées. D’ailleurs, nous pouvons vous donner aujourd’hui, un exemple des données que l’on relève : l’air extérieur est à -15°C, sur le sol (la glace) il y a 16 cm de neige, la glace a une épaisseur de 50 cm. Nous avons fait une carotte de 12 cm dans la glace en surface et la température prise à l’intérieur est de -4,5°C. L’eau dans laquelle nous plongeons est à -1,8°C. Il nous reste à faire une carotte dans la glace sous l’eau pour finaliser nos mesures presque quotidiennes.

 

Nous allons bien sur exploiter ce site de plongée à fond et rester ici probablement dimanche et lundi. Nous essayerons d’envoyer des photos dès que possible. De plus, la banquise autour de nous est toujours très chaotique, cela s’ouvre de nouveau partout ».

Ghislain.

 


Traîneaux lourds pour repartir et banquise de plus en plus chaotique.

Vendredi 16 avril 2010 (jour 22) - Valentine et Vincent par téléphone

 

Position géographique :88°30’58’’ N - 60°19’36’’ W
Température de l’air : -19°C sans vent, -23°C ressenti (4 km/h de vent Ouest/Sud-ouest)

Distance parcourue : 4,2 km
Nombre d’heures de progression : 5h40
Nombre de plongées  : 0

 

22h30 locale :

 

« Nous avons repris notre progression, nous avons tous des traîneaux très lourds, chacun ayant récupéré ses kilos du ravitaillement. Nous avons passé la matinée à faire du ménage et du rangement, puis vers 13heures, nous avons commencé à progresser.

Cela a été dur aujourd’hui à cause du poids mais aussi de l’état de la glace : la zone est très chaotique, il y a des blocs partout. On monte dessus pour tenter de repérer le meilleur chemin, mais nous sommes réellement dans un chaos de glace rempli de neige... Nous avons des traîneaux tellement lourds que chaque bosse nous a semblé une montagne aujourd’hui. Par contre, nous avons beaucoup moins de problèmes liés aux voies d’eau, aujourd’hui nous avons dû contourner seulement un lead, pas encore assez regelé pour supporter notre poids.

J’imagine que tout ce chaos est dû au réchauffement que l’on a eu il y a quelques jours!

Les blocs sont nettement plus impressionnants qu’avant : leurs hauteurs et leurs diamètres semblent s’être multiplié par trois : pour certains, je dirai... jusqu’à 6/7 mètres de hauteur pour 3 mètres de diamètre.

Tout le monde était très content de repartir en progression, l’ambiance est bonne, il fait beau et cela fait du bien ; nous avons largement profité d’une journée sans vent aussi, nous avons donc pu faire le ménage à fond dans nos pulkas et enfin pu enlever toute la neige amassée dedans depuis des jours. J’ai aussi pu filmer plusieurs plans et séquences plus facilement vu la météo, ce qui a été très agréable.

On attend bien sur avec impatience de trouver le prochain site de plongée. On espère trouver un endroit proche de grosses crêtes afin de pouvoir filmer ces cathédrales de glace. Sachant que le relief sous-marin est à l’image du relief extérieur, nous devrions avoir la chance de voir de superbes choses près d’ici ».

Vincent.

 


Les premières images sous-marines, en direct de la banquise !

Jeudi 15 avril 2010 (jour 21) - Valentine et Manue par téléphone

 

Position géographique :88°33’06’’ N- 63°07’46’’ W
Température de l’air : -16°C sans vent, -27°C ressenti (13 km/h de vent du Sud)

Distance parcourue : La dérive les a emmenés environ 9 km vers l’est en 24 heures
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1

 

Aujourd’hui, 20h00 locale :

 

«Aujourd’hui, nous avons effectué la dixième plongée de l’expédition : Alban, Benoit et Ghislain ont eu quelques problèmes devenus «classiques» (givrage des détendeurs, eau dans le masque, trop peu de plomb) mais les photos sont magnifiques, les images vidéos incroyables ! Ils ont fait une plongée importante pour l’exploration aujourd’hui et sont allés à près de 70 mètres du trou !

Nous sommes très contents de ces 6 jours de pause dans la progression qui nous ont permis de réaliser les images et photos que nous sommes venus chercher ici. Maintenant, on va chercher à faire encore mieux et encore plus beau. Ce soir, nous révisons les détendeurs à fond, demain on repart pour la progression et nous cherchons un site de plongée coup de cœur, un site magique qui nous permettra peut-être d’avoir un autre regard sur ce monde sous-marin et de faire d’autres observations extraordinaires ». Manue.

 

Il y a pas mal de nuages en ce moment (nébulosité : 5/8) et le vent plus chaud du sud annoncé par Wayne est arrivé, ce qui leur offre des températures un peu plus « clémentes ». Les prévisions météo sont bonnes jusqu’à samedi avec un vent qui va faiblir et tourner au sud-ouest, un coup de vent/blizzard est à surveiller pour dimanche et lundi.

 

Ecoutez l'interview de Ghislain Bardout réalisée le 15 avril par Tristan Vey (LE FIGARO.fr)


 


Les premières images sous-marines, en direct de la banquise !

Mercredi 14 avril 2010 (jour 20) - Valentine, Ghislain par téléphone et Manue par email

 

Position géographique :88°33’15’’N - 66°34’01’’ W
Température de l’air : -21°C sans vent, -32°C ressenti (15km/h de vent du Sud-ouest)

Distance parcourue : La dérive les a emmenés environ 24km vers l’est en 36 heures
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2

 

Aujourd’hui, 21h20 locale :

 

« Super journée : la photo sous-marine fonctionne bien, la caméra sous-marine aussi maintenant, c’est le deuxième jour de grande qualité. On rentre dans une phase où nous avons dépassé nos problèmes techniques, on peut donc commencer l’exploration pure et avec tout le matériel prévu, ce qui va nous permettre de faire des images extraordinaires ! Aujourd’hui, il fait beau, l’équipe a le moral, c’est une bonne journée. La première plongée a été faite par Samuel et Ghislain (pour les images) puis la seconde par Manue et Benoit (pour les photos). Nous voyons beaucoup de poissons, des bancs d’anges de mer, de petites méduses, les conditions de plongée sont incroyables. Nous plongeons encore demain, puis nous repartirons Jeudi pour 4 jours environ de progression, pour enchaîner ensuite avec 4 jours de plongée ». Ghislain par téléphone.  

 

« Vingtième jour de banquise, il parait qu'on a passé le plus dur : les quinze premiers jours. Et c'est vrai que la banquise ne nous a pas ouvert ses portes facilement, un terrain chaotique, lead après lead, crête après crête, jour blanc et blizzard... Et pourtant chaque jour on s'émerveille d'être là, d'avancer, et depuis quelques jours de plonger. Nous nous sommes arrêtés à l'occasion du ravitaillement pour plusieurs jours de plongée.
Le volet exploration de l'expédition a vraiment pu commencer : je viens de m'immerger avec Benoît pour la neuvième plongée. La face sous-marine de la banquise est comme nous l'avions espéré et même encore plus, magique! Rien ne ressemble à ça, on entre sous la glace comme dans un autre monde. Les anges de mer volent autour de nous, petits et fragiles alors que les crêtes de glace bleu émeraude plongent et s'enchevêtrent à n'en plus finir. Sous mes palmes, plus de quatre mille mètres de profondeur me font réaliser ma minuscule position dans tout ce gigantisme...
Hier soir, nous avons visionné les images de Ghislain qui sont fantastiques, cela a permis aux non-plongeurs d'avoir un aperçu de la féerie "d'en-dessous". Après-demain, nous reprendrons notre progression vers le sud, en continuant à chercher les plus beaux endroits pour faire des images. Nous continuons la même stratégie : consommer un maximum après le ravitaillement et avancer à un rythme plus soutenu quand nous nous serons un peu allégés. Notre dérive a été essentiellement à l'est à tel point que nous sommes maintenant passés à l'est de Ward Hunt, ce qui nous arrange bien plus! Valentine nous a fait parvenir les messages d'encouragements qui ont été un grand moment de réconfort et de joie pour tous, accompagnés par les friandises qu'elle avait mises dans le ravitaillement! »
. Manue par email.

 


Pause de 6 jours dans la progression pour plonger.

Mardi 13 avril 2010 (jour 19) - Valentine et Manue par téléphone.

 

Position géographique :88°33’06’’N - 74°18’17’’ W
Température de l’air : -20,2°C sans vent, -35°C ressenti (22km/h de vent du Sud)

Distance parcourue : La dérive les a emmenés 3,7km vers le nord et de 27 km vers l’est en 48 heures
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1 aujourd’hui

 

Aujourd’hui, 14h20 locale :

 

«Aujourd’hui, il fait beaucoup plus beau et cela change la vie, c’est nettement plus agréable de travailler. Hier, nous avons eu une journée pénible : le vent s’engouffrait partout, on ne voyait plus nos pulkas, placées pourtant juste à la sortie des tentes, c’était impossible de plonger, alors nous avons fait d’autres activités : Ghislain a débriefé ses images sous-marines avec Vincent, Clément et Pascal se sont enfermés dans leur tente pour jouer au « Go* », etc.

Hier, on s’est rendu compte que les images sous-marines sont magnifiques mais nous avions parfois des taches/du givre venant de la lentille du caisson sous-marin (à cause des fortes différences de températures). Du coup, ce matin, Vincent et Ghislain ont réparé cela et tenter de trouver des solutions. En effet, on ne peut pas préparer le caisson dehors (trop froid) et si on le place dans la tente, il givre instantanément quand on le sort... Aujourd’hui, nous allons mettre la tente « mess » sans le double toit au-dessus du trou (tente pour 5 personnes, faite entre autre pour la préparation des plongeurs), une personne à l’intérieur avec le caisson et pratiquement en apnée : le caisson devrait donc être à température ambiante. Ensuite, nous mettrons le caisson tout de suite dans l’eau et ils pourront commencer la plongée. Au moment où je vous parle, Ghislain et Samuel se préparent pour se mettre à l’eau et aller réaliser une série de plans. Pour ma part, je finis de mettre la nourriture reçue au ravitaillement dans les sacs adéquats pour chacun.

Les trous dans la glace que nous trouvons pour plonger ne sont pas toujours faciles à garder tel quel. Il y a deux jours par exemple, il s’est rempli de glace, puis de mélasse de neige, c’était très impressionnant.

Nous avons décidé de rester encore 3 jours ici (jusqu’à jeudi inclus) car nous avons un bel endroit pour faire de superbes images et photos sous-marines et voulons donc en faire un maximum. Puis, nous repartirons progresser pour 3 jours, pour ensuite s’arrêter de nouveau 3 journées. Cela nous permet aussi de « consommer » un peu de l’essence et de la nourriture que nous avons reçue au ravitaillement et donc de repartir un peu plus léger, ce qui nous aidera à avancer dans le chaos actuel ».

 

(*) : Jeu de stratégie combinatoire abstrait.

 

L'équipe se trouvera bientôt officiellement dans le jour permanent: vous trouverez un article de Wayne Davidson sur le lever de soleil au pôle nord sous la rubrique "Le milieu : l'Arctique ".

 


La météo empêche l’équipe de plonger ou de progresser.

Lundi 12 avril 2010 (jour 18) - Valentine et Ghislain par téléphone.

 

Position géographique :non disponible
Température de l’air : -24°C ce matin sans vent, -40°C ressenti

Distance parcourue : La dérive doit de nouveau les emmener vers l’est, le vent était toujours de l’ouest
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : aucune avant 14h. à cause des conditions météo.

 

 

Aujourd’hui, 14h locale :

 

L’équipe a téléphoné cet après-midi afin d’avoir plus d’informations sur la météo qu’ils auront pour les jours à venir.

 

« Depuis hier, nous sommes dans un blizzard de vent, le ciel est gris et le vent souffle de l’ouest à 25km/h (avec des rafales jusqu’à 35km/h). La température très basse et le vent ne nous permettent pas de plonger. Nous sommes relativement arrêtés dans nos activités par cette météo. Le vent est très froid et tout est très long à organiser pour la plongée par ces températures. De plus, le vent balaye la neige et donc diminue notre visibilité. Nous allons probablement rester encore un jour ou deux là où nous sommes car nous avons un très bon endroit pour plonger si la météo nous le permet ».

 

Nous avons recueilli l’avis de Wayne Davidson sur la météo des prochaines 24/48 heures:
Le vent qu’ils ont en ce moment vient de l’arctique, de l’Alaska, il est donc très froid. Cela baisse donc la température significativement. Une dépression est présente au nord de la Russie et l’équipe se trouve au sud de ce système, ils ont donc un vent d’ouest assez fort. Pour les 24 prochaines heures (d’ici mardi matin), le vent va légèrement se réchauffer mais continuera à souffler avec la même force. Dans 48 heures (selon les prévisions d’aujourd’hui), le vent va commencer à faiblir et tournera au sud. Ce vent là est toujours plus chaud, d’autant plus qu’il vient de Resolute où les prévisions pour mercredi sont plutôt encourageantes (Température comprise entre -3°C et -16°C).

 

Ce soir, l’équipe a envoyé quelques photos des derniers jours, ils communiqueront donc de nouveau dès que possible.

 


Hier : équipement parachuté en bon état, aujourd’hui : 2 plongées superbes dans un paysage très actif.

Dimanche 11 avril 2010 (jour 17) - Valentine et Vincent par téléphone.

 

Position géographique : 88°30’59’’N - 83°34’00’’W
Température de l’air : -39°C ce matin

Distance parcourue : 5km de dérive vers l’est et 900 mètres vers le sud dans la nuit du 10 au 11 avril.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 2 aujourd’hui (et 2 hier finalement)

 

Ce soir, 19h30 locale :

 

« C’est notre deuxième jour de plongée, nous en avons fait 2 hier et 2 aujourd’hui. Cela a été très compliqué à mettre en place aujourd’hui car ce matin, il faisait -39°C avec du vent qui balayait la neige partout violemment. Du coup, nous avons déplacé une tente à 1 mètre du trou afin d’équiper les plongeurs. Malheureusement, le temps que nous soyons fin prêt, le trou s’était refermé. Nous avons donc fait un deuxième trou. Le vent souffle fort de l’ouest. Le paysage se transforme tout doucement mais significativement sur plusieurs heures, notre trou s’est donc ouvert puis refermé et déplacé, un lead s’est ouvert, puis refermé, etc... Le paysage bouge, vit, dérive principalement vers l’est et un peu au sud. Ces derniers jours, nous avons beaucoup dérivé vers l’ouest et étions éloignés d’environ 32km de la route directe Pôle Nord/Côte nord Ellesmere, nous sommes donc heureux de repartir un peu vers l’est !

Les deux plongées ont été faites aujourd’hui avec des buts spécifiques : l’une pour la photo et l’autre pour la vidéo. La première plongée a été faite par Alban et Benoit (photographe) et la seconde par Ghislain (cameraman sous-marin) et Samuel, toujours sous l’eau maintenant. Ils ont pu avoir des choses très intéressantes : des jeux de lumières lorsque les leads s’ouvrent, 6 anges de mer, le paysage changeant a permis de capter toutes sortes de reliefs fascinants sous la glace.

La journée a encore été dans le blizzard (25km/h de vent, 35km/h dans les rafales). Cela remet de la neige sur les leads fraîchement regelés et participe à ce paysage changeant...

Concernant le ravitaillement : Le DC3 a fait plusieurs passages, cela a été une manœuvre très minutieuse. Ils ont tout essayé pour faire atterrir le tout près du camp. Cependant, 2 parachutes sont tombés à l’eau mais les caisses en dessous sont tombées sur la glace, à 3 mètres d’un lead. Alors les deux derniers parachutes ont été lancés un peu plus loin pour plus de sécurité. Le contact avec eux a été très bon, ils nous ont fait un dernier « au revoir » et l’avion est reparti après ces manœuvres délicates.

Tout est arrivé en bon état, dans les cartons (nourriture et autres) et les caisses en plastique (essence). Nous n’avons ouvert pour l’instant que les cartons « d’affaires personnelles » dont nous avions besoin urgemment (notamment Vincent qui n’a pas pu sécher ses affaires correctement depuis qu’il est tombé à l’eau). Nous avons reçu par exemple 5 pelles de plus pour nous aider à franchir les leads. Nous avions prévu de les avoir uniquement au ravitaillement numéro 2 mais vu l’état de la banquise ici, nous n’avons pas le choix : 1 pelle par personne va maintenant permettre de ramer à deux sur les traîneaux « en radeau ».

Nous avons reçu tous les mots d’encouragement transmis par Valentine. Cela fait très plaisir de voir que beaucoup de gens suivent cela de très près. Nous dégustons aussi les « surprises » très appréciées glissées dans les cartons (chips, fruits au sirop, pommes, cookies fait maison par Sandy, etc.).

Nous avons fait un mur de cartons qui nous protège du vent et nous permet de brosser nos duvets à l’abri. Nous n’avons pas encore rempli nos pulkas car nous finissons d’abord les stocks restants. »

 

Ce soir, l’équipe souffre de nouveau du froid, après près de 4 jours avec des températures plus clémentes. La chaleur a également d’autres inconvénients (glace très chaotique) mais l’équipe et le matériel ont apprécié cette petite pause.

 


Ravitaillement finalement parachuté et plongée en cours.

Samedi 10 avril 2010 (jour 16) - Valentine et Ghislain/ Manue par téléphone.

 

Position géographique : 88°31’11’’N - 87°27’35’’W (à 6h45 locale du matin)
Température de l’air : -26°C (-28°C avec le vent)

Distance parcourue : 1,4km de dérive vers l’ouest dans la nuit du 9 au 10 avril.
Nombre d’heures de progression : 0
Nombre de plongées  : 1 en cours

 

Aujourd’hui, l’équipe a communiqué plusieurs fois pour finaliser l’organisation du ravitaillement avec le maximum d’information à jour. Ce matin, à 6h45 locale, l’équipe a donné sa position (ci-dessus) pour la transmettre aux pilotes de « Kenn Borek Air ltd » responsables du ravitaillement. Les pilotes ont donc leur dernière position, leur dérive de la nuit précédente (1,4 km vers l’ouest en 8 heures), leur numéro de téléphone satellite, l’équipe connaît la fréquence VHF sur laquelle ils communiqueront avec eux une fois sur place et le matériel est chargé à bord : tout est prêt.

10h locale ce matin : le DC3 prend son envol avec notre ravitaillement (nourriture pour 1 mois, essence, pièces mécaniques à remplacer, affaires personnelles, etc.), pratiquement 550/600 kilos bien emballés. Cela a été préparé également pour le parachutage au cas où l’avion ne puisse pas se poser à cause de l’état de la glace. L’équipe a bien sur cherché une piste mais la dérive est forte et il est difficile de «garder» la même qualité de piste/glace plusieurs heures de suite.

A 18h locale : la nouvelle tombe enfin, Manue appelle :

« Nous venons de voir l’avion, de parler aux pilotes (très sympas) et de voir 5 parachutes arrivés avec notre matériel en dessous. L’avion n’a pas pu atterrir malheureusement, la banquise est tellement chaotique autour d’ici, cela était bien trop dangereux. Le principal est que nous ayons notre matériel pour continuer : 3 parachutes sont tout près de nous mais 2 ont atterri assez loin car les pilotes ont eu peur qu’ils tombent dans l’eau et ont préféré sécuriser cela. Il est difficile de donner une distance mais nous partons juste maintenant Samuel, Benoît et moi pour les trouver et les rapporter au camp. De loin, nous avons pu voir qu’un parachute s’est a priori mal déployé mais nous verrons ça plus en détail une fois sur place. Nous avons un grand ciel bleu et une super visibilité, ce qui est très apprécié aujourd’hui après tant de jours blancs ! Une plongée est en cours en ce moment, nous donnerons des informations là-dessus dès demain.

Nous avons demandé aux pilotes l’état de la glace que nous avons devant nous : en effet, cela a été très chaotique dernièrement et a beaucoup éprouvé l’équipe (il est très rare de trouver ce type de banquise très chaotique à cette latitude mi-avril, d’autres équipes sont dans le même chaos et insistent également sur cela). Les pilotes nous ont dit que vu de haut, la banquise est mauvaise autour de 87 - 88° Nord mais elle est en meilleure condition de 85 à 87° Nord.

Nous ferons un point précis de l’état de la banquise avec eux à Resolute. Nous avons hâte de sortir de ce chaos ». Manue

Ce soir, l’équipe est occupée à récupérer et rassembler tout le ravitaillement parachuté et donnera des nouvelles dès demain des plongées effectuées et de l’état du matériel reçu. Le moral est bon, contents d’effectuer des plongées et de faire une petite pause dans ce chaos impressionnant.

N.B : la direction de « Kenn Borek Air ltd » a refusé qu’un membre de l’équipe soit à bord pour des raisons de sécurité et au vu de l’état de la glace actuellement qui engendrait plus de parachutages que prévu (manœuvre technique depuis un DC3).

 


Installation pour 3 jours de plongée et veille de ravitaillement (si la météo le permet).

Vendredi 9 avril 2010 (jour 15) - Valentine et Ghislain par téléphone.

 

Position géographique : 88°31’24’’N - 87°00’12’’W
Température de l’air : non spécifié

Distance parcourue : non spécifié
Nombre d’heures de progression : non spécifié
Nombre de plongées  : 0

 

Ce soir, 20h00 locale :

« Ca y est, nous sommes sur la zone de notre site de plongée pour les trois prochains jours à priori. Aujourd’hui encore, nous avons dû traverser plusieurs leads et nous sommes toujours dans le jour blanc. Comme nos positions GPS l’indiquent, nous dérivons assez fort vers l’ouest. Un grand lead de 80 mètres de long a été traversé aujourd’hui. Il était légèrement regelé mais nous avons vite vu que la glace était trop fine pour passer à ski et trop épaisse pour pouvoir ramer avec nos pelles(*) : nous avons donc trouvé une autre solution. Alban a enfilé sa combinaison de plongée, s’est mis à l’eau et a cassé la glace avec son bras. Il a donc agi comme un brise-glace devant les traîneaux « en radeau ». C’était très impressionnant, on a bien sur filmé tout cela et ce sont des images inoubliables. De son coté, Kayak s’habitue bien à son nouvel environnement et devient très agile pour beaucoup de choses.
 
Nous sommes ce soir installés sur notre site de plongée : un lead ouvert qui se referme sur une crête de compression, nous avons donc la possibilité de faire des images des deux, ce qui risque d’être incroyable.
Nous avons aussi sondé la piste pour le DC3 de demain (si la météo le permet), mais nous sommes dans le jour blanc (**). La glace est d’environ 50 cm à 1 mètre d’épaisseur, avec 10-25 cm de neige dessus. Nous avons fait 4 carottes de glace sur des pistes potentielles : à chaque fois, 80 à 90 cm d’épaisseur 
» Ghislain.
 
Du coté de Resolute, le ravitaillement est fin prêt (après de nombreuses heures à tout trier, vérifier, revérifier, empaqueter solidement et étiqueter très précisément). Nous espérons que la météo permettra l’atterrissage.
 
Ecoutez l’interview Radio réalisée hier par Lucile Solari (Prise de terre, Radio Suisse Romande)
 
(*) : Lorsque l’équipe traverse des leads, ils attachent deux traîneaux côte à côte pour former « un radeau » et rament avec leurs pelles à neige. Nous reviendrons sur cela très bientôt.
(**) : Les pilotes ont besoin le plus possible de voir les contrastes pour évaluer de haut le terrain idéal pour atterrir.

 


Banquise très morcelée et température «chaude» au programme

Jeudi 8 avril 2010 (jour 14) - Valentine et Ghislain par téléphone.

 

Position géographique : 88°32’15’’N - 85°14’49’’W
Température de l’air : -10°C (vent : 18 km/h : -21°C ressenti)

Distance parcourue : 7,2km
Nombre d’heures de progression : 8h30
Nombre de plongées  : 0

 

«Aujourd’hui, nous avons eu une journée où la température a oscillé entre 0 et -10°C. La banquise a du coup des allures de fin de printemps (Mai/Juin) : beaucoup de voies d’eau, un chaos énorme, des plaques éclatées, ça a beaucoup bougé sous nos pieds toute la journée, c’est très morcelé. Nous avons de nouveau eu un jour blanc, à part le matin et le soir, où le soleil est apparu. Nous avons passé de nombreuses voies d’eau et la progression a donc été difficile. Nous avons parcouru 7,2km en 8h30. Kayak est tombé à l’eau aujourd’hui : tout va bien mais il a eu un peu peur. On se prépare pour le ravitaillement, on compte plonger samedi, dimanche et même peut-être lundi. Ce soir, chacun a fait sa liste personnelle et la liste collective vient d’être terminée. Demain, nous essayerons de trouver une piste pour que l’avion atterrisse samedi mais la banquise actuelle ne le permettra peut-être pas. En effet, nous devons trouver une «piste» d’au moins 1000 mètres et tester la glace tout les 300 mètres pour s’assurer que nous avons au moins 90 cm sous les pieds».

Ghislain

 

Puis les demandes pour le ravitaillement ont suivi : « Rajoutes quelques sachets de thé, 2 grands sachets de sucre, enlève la moitié des soupes (il nous en reste), etc »... Ensuite, viennent les demandes personnelles « Pour Samuel, 4 paquets de lingettes et quelques chaufferettes, pour Clément, une paire de chaussettes en soie, pour Ghislain un collant et un sous-pull, etc. ». Et bien sur, le ravitaillement leur apporte nourriture et essence pour un mois.

 


La météo devrait déjà s'améliorer

Mercredi 7 avril 2010 (jour 13) - Valentine

 

Pas de communication ce soir avec l’équipe.

 

Point météo d’aujourd’hui concernant le blizzard actuel : la dépression est arrivée du Sud-est, est passée au pôle nord pour ensuite partir vers le sud-ouest. A priori, l’équipe se situait juste au sud de celle-ci, donc à la limite du blizzard. Ce soir, Wayne observe que ce système météo faiblit déjà en intensité. Le vent d’Est devrait donc également diminué.

La dérive importante dont Ghislain parlait hier est bien sur expliquée par ces vents forts, « poussant » donc la banquise. Cependant, lorsque les vents liés à cette dépression vont baisser, la banquise continuera probablement à dériver vers l’ouest. En effet, une haute pression plus au nord créera également ce mouvement.

Wayne pense que les températures vont devenir un peu plus printanières pour cet endroit de la planète. Cela peut être une bonne chose pour l’équipe mais il ne faudrait pas que cela se réchauffe trop vite pour garder une bonne qualité de glace et donc favoriser la progression.

 

L’équipe participe demain matin à une interview pour une radio. Les dates de diffusion seront bien sur renseignées sur le site.

 


Blizzard depuis 24 heures et -1,8°C !

Mardi 6 avril 2010 (jour 12) - Valentine et Ghislain/Manue par téléphone.

 

Position géographique : 88°38’25’’N - 84°29’11’’W
Température de l’air : -1,8°C (vent : 35km/h de l’Est : -10°C ressenti)

Distance parcourue : 7,35km
Nombre d’heures de progression : 7h20
Nombre de plongées  : 0

 

" Nous sommes en plein blizzard, avec un vent très fort de l’Est. Nous subissons une dérive énorme de 1,5km/h vers l’Ouest. Depuis que nous avons monté le camp ce soir (3h), nous avons dérivé de 5km vers l’ouest ! Il fait -1,8°C, c’est un peu humide, cela fait un drôle d’effet...mais c’est pas mal aussi d’avoir moins froid. Nous avons marché hier et aujourd’hui dans le blizzard et dans le jour blanc. Cela est très déstabilisant, on manque de repère, on ne sait plus où on est et on avance vraiment dans le blanc total. Cela est donc très difficile de progresser d’autant plus que la dérive nous emmène vers l’ouest rapidement. Hier, Vincent est passé à l’eau, la couche de glace sur lequel nous sommes passés paraissait pourtant assez solide. Nous l’avons vite sorti de là et avons pu le réchauffer vite, tout va bien maintenant. Nous espérons pouvoir sécher toutes ses affaires très vite. Sinon, nous mettrons quelques polaires en plus pour lui dans le prochain ravitaillement. L’équipe va bien, nous sommes déstabilisés par ce blizzard et espérons que la météo s’améliore. Nous apercevons juste maintenant une toute petite éclaircie ". Ghislain

 

" Le terrain sur lequel nous avançons est très chaotique, cela n’est que très rarement plat, nous faisons beaucoup d’efforts pour passer les crêtes de compression et autres obstacles ". Manue.

 

Aujourd’hui, un point complet de la météo et des conditions de glace sera fait avec Wayne Davidson.

 

L’équipe a été informé du départ de Jean-louis Etienne le 5 avril du Spitzberg pour son expédition « Generali Arctic Observer » et lui souhaite bien sur beaucoup de succès.

 


Ghislain fait à son tour un bilan des 10 premiers jours d’expédition

Lundi 5 avril 2010 (jour 11) - Ghislain

 

Pas de communication ce soir avec l’équipe. Ils ont envoyé hier des photos ainsi qu’un message de Manue directement de la banquise.

Il semble donc qu’ils économisent les batteries ce soir.

Voir le diaporama de la dépose

"Dimanche a été une très bonne journée malgré un début difficile : ce matin (comme hier), il faisait très humide, beaucoup de nuages, très froid et cela a donc été très dur de sortir du sac de couchage. Puis le temps s’est dégagé, ciel bleu et grand soleil, la progression a été très agréable car nous avons trouvé un lead(*) sur lequel nous avons progressé de 8km vers le sud .

Le moral de l’équipe est plutôt bon, variable selon les personnes et les moments. Les conditions sont dures, on a du mal, les mains qui gèlent, des picotements au bout des doigts en permanence. Le temps change beaucoup d’un jour à l’autre, c’est très variable. On pense que tout le matériel qui devait casser l’a fait (décapeur thermique, rasoir électrique, un réchaud)...donc que l’on devrait être pas mal pour la suite. La banquise est également très variable : parfois hachée puis énormes crêtes, de grands leads de temps en temps (dimanche 4 par exemple), c’est sans arrêt différent. Les plongées sont très belles mais aussi très difficiles. Pour l’instant, nous avons choisi d’avancer pour s’acclimater bien au froid, aux conditions, et prendre nos habitudes jusqu’à notre prochain ravitaillement prévu pour le 10 Avril. Puis, nous ferons une session de 2 à 3 jours de plongées à la suite ; cela sera plus serein comme cela, c’est trop dur de commencer tout en même temps en s’acclimatant".

(*) Leads : voies d’eau dans la banquise ; lorsque cette cassure gèle de nouveau, cela crée un terrain « assez plat », propice à une bonne progression.

 

Vous pouvez retrouver un nouveau diaporama présentant des photos du 26 Mars 2010, jour de la dépose de l'équipe sur la banquise. Nous tenons à remercier particulièrement James Haffey et Russ Hepburn (deux des pilotes) pour nous avoir donné leurs photos.

Voir le diaporama

 


Nouvelles fraîches du Pôle

Dimanche 4 avril 2010 (jour 10) - Manue

 

Position géographique : 88°44’55’’N - 79°56’29’’W
Température de l’air : -30°C environ

Distance parcourue : 8,51km
Nombre d’heures de progression : 8h
Nombre de plongées  : 0

 

"Cela fait dix jours que nous avons regardé l'avion s'envoler vers Resolute nous laissant seuls sur la banquise. dix jours pendant lesquels nous avons pris nos marques, progressé sur la glace dans tout ses états, effectué deux plongées, campé. La banquise tient ses promesses de paysages époustouflants, sur et sous l'eau. Déjà 22 minutes d'images sous- marine et 4 heures en surface. Les conditions sont difficiles, la banquise est la plupart du temps chaotique et le froid nous pénètre de partout dès que l'on n'est plus en mouvement. Malgré tout le moral est bon pour tous et l'enthousiasme est là! Ce qui ne cesse de m'étonner, c'est la variété de la glace, pas un jour ne se ressemble : nous traversons des paysages tout le temps renouvelés. Des murailles blanches et bleues, des enchevêtrements de blocs, des ouvertures à peine gelées... dans des lumières arctiques rasantes, le pôle est majestueux et nous savons qu'il se mérite. Toute cette beauté autour aide à oublier l'inconfort et les douleurs. Nous nous efforçons d'être chaque jour plus rigoureux et rapides dans les tâches quotidiennes du camp et nous progressons! Nous nous concentrons sur l'avancement jusqu'au prochain ravitaillement du 10 avril, qui sera l'occasion d'une nouvelle cession de plongée pendant deux ou trois jours. Merci pour les messages d'encouragements qui nous sont retransmis par Valentine! Et bon anniversaire à Gégé !"

 


Samedi 3 avril 2010 (jour 9) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 88°52’00’’N - 78°30’00’’W (la longitude n’a pas été précisé, nous estimons donc conserver la même qu’hier)
Température de l’air : -30°C (vent de 8km/h, donc env. -39°C)

Distance parcourue : non spécifié
Nombre d’heures de progression : non spécifié
Nombre de plongées  : 0

Photos prises à Resolute Bay.

 

Ce soir, l’appel a été assez rapide et a plus concerné la préparation du prochain ravitaillement. Les nouvelles du jour sont donc assez succinctes, mais tout va bien.

Ils ont eu -30°C au thermomètre toute la journée, il fait beau, le ciel est dégagé mais il fait froid avec un vent du nord de 8km/h.
Lors de leurs premières plongées, ils ont pu filmer près de 20 minutes d’images sous-marines extraordinaires. De plus, Vincent filme la partie terrestre de l’expédition et a déjà près de 4 heures dans sa caméra.
Nous n’avons pas donné de nouvelles de Kayak depuis le départ et les questions posées le concernant sont nombreuses : « il va bien, les journées sont un peu longues pour lui mais il a bien développé son poil et dort très bien une fois au camp»

 


Passage du 89°N, direction le Sud !

Vendredi 2 avril 2010 (jour 8) - Valentine et Manue/ Samuel par téléphone

 

Position géographique : 88°56’15’’N - 78°30’00’’W
Température de l’air : -32°C (vent de 10km/h, donc env. -42°C)

Distance parcourue : 9,16 km
Nombre d’heures de progression : 7h15
Nombre de plongées  : 0

Photos prises à Resolute Bay.

 

Ce soir, 20h30 locale :
« Ce soir encore, on ne fait pas de charge afin d’économiser le carburant, on pense en faire bientôt et donc pouvoir envoyer des photos de nouveau et être un peu plus précis sur les nouvelles. Le moral général est pas mal. Nous avons essayé un autre système aujourd’hui : chacun progresse à son rythme afin de voir ce que cela donne. En effet, depuis le début, nous progressions tous ensemble, mais nous nous sommes rendus compte que les premiers devaient souvent attendre et donc se refroidissaient très vite et trop. Pour pallier à cela, chacun est allé à son rythme aujourd’hui et deux groupes se sont formés: les premiers ont pu ainsi monter le camp en attendant les seconds, ce qui est plus fonctionnel et utile. Notre but est maintenant d’arriver à réduire la distance entre ces groupes. Aujourd’hui, cela a été dur pour Clément, qui a un traîneau lourd (165kg) et a du mal à progresser dans le relief de la banquise. Il a été aidé par Pascal et Samuel, nous allons essayer de l’alléger progressivement. La main de Benoît va bien, il a pu progresser normalement toute la journée. Nous allons déjà nettement plus vite le matin pour lever le camp ».


Samuel a ensuite pris le téléphone pour parler mécanique bien sur et également demander un rasoir élèctrique au prochain ravitaillement. Apparemment, celui qu'ils ont est mort : Samuel a pu se raser mais Alban ne l’a fait qu’à moitié (*).... !


Comme à son habitude, Manue a posé des questions météo. Sur ce sujet, nous voudrions remercier Wayne Davidson, qui tous les jours, nous donne son avis sur les conditions qu’ils vont avoir, l’état de la glace, les vents, les nuages, les endroits à éviter et les précieux conseils de quelqu’un qui observe tout ça à Resolute depuis 1985. Depuis sa station météo, Wayne prend toutes sortes de données : par exemple, il analyse la grandeur du soleil, indicateur de chaleur pour l’atmosphère en entier, envoie des ballons sonde, met au point de nouvelles techniques pour comprendre les systèmes météorologiques et les étudier. Nous reparlerons de ses travaux et de son aide à plusieurs reprises.


(*) Afin de préserver l'étanchéité des combinaisons de plongée, les membres de l'équipe doivent se raser régulièrement : les bordures du trou prévu pour le visage dans leur combinaison doivent donc être le plus possible proche de la peau."

 


Matin très chaotique pour après-midi dégagée et première blessure légère...

Jeudi 1er avril 2010 (jour 7) - Valentine et Ghislain/ Benoit par téléphone

 

Position géographique : 89° 01’00’’N - 79°20’17’’W
Température de l’air : Non spécifié

Distance parcourue : 5 km
Nombre d’heures de progression : 6h30
Nombre de plongées  : 0

Photos prises à Resolute Bay.

 

Ce soir, 21h30 locale :

« Ca va bien ce soir. Ce matin, l’enfer... Jour blanc, du brouillard, très froid et des crêtes de compression partout donc lente progression, dur pour tout et tout le monde. Mais belle surprise, cet après-midi, ciel bleu, moins frais, moins de crêtes à franchir. Devant nous maintenant, c’est tout de même chaotique mais nettement mieux que ce matin. Nous dérivons de 2 à 4 km par jour surtout vers l’ouest et un peu vers le nord...! Cependant, en ce moment même nous dérivons vers le sud-ouest, dans les dernières 3 heures, nous avons dérivé de 23 mètres ! Le moral est bon. Ce soir, Benoit s’est blessé : il s’est coupé entre le pouce et l’index de la main gauche avec un couteau mais pas profond donc pas grave. Pascal lui a fait trois points de suture, cela va bien maintenant».

Puis Benoit a pris le téléphone :

« En effet, blessure bête, rien de grave n’est touché, je vais bien et le moral est bon ».

Leur voix semble plus sereine qu’hier, malgré les évènements de la journée : dérive forte, matinée blanche et petite blessure. Le moral est bon (incluant celui de Benoît), ils font des économies d’énergie pour l’instant et réduisent donc pas mal leur communication.

 


Le km 10 (dans une journée) est franchi, le froid est pénétrant ce soir...

Mercredi 31 mars 2010 (jour 6) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 89° 02’57’’N - 78°21’11’’W
Température de l’air : -30°/-35°C (+ vent)

Distance parcourue : 10,3km
Nombre d’heures de progression : 7h15
Nombre de plongées  : 0
Les photos du jour ne viennent pas de la banquise, l'équipe économise l'énergie par ces froides températures.

 

Ce soir, 21h45 locale :

« La conversation va être courte car ce soir, il fait froid et nous allons nous coucher. Ca va bien mais nous ressentons la basse température plus fort que d’habitude ce soir. Nous avons marché pendant 7h15 et fait 10,3 km. On dort très bien et la banquise est superbe, magique, fidèle à sa réputation, les paysages sont magnifiques. Nous n’avons pas pu allumer l’ordinateur depuis quelques jours et nous n’allons pas le faire avant quelques jours puisque son câble a du mal à fonctionner par ce froid. On va tenter d’économiser toutes les batteries pour les quelques jours à venir ».

Ce soir, le moral semble bon mais le fait d’être dehors au téléphone semble donner assez froid. Clément fait un « bonjour général » à son tour ce soir. « ca va bien oui, un petit coup de froid un peu plus tôt mais là ça va mieux ».

Autour de cela, la vie à la base logistique s’organise : l’organisation du prochain ravitaillement prend pour l’instant de la place : comment larguer près de 450kg de matériel sur la banquise en minimisant les risques de casse à l’arrivée ? Nous espérons atterrir avec le DC3 mais toutes les possibilités doivent bien sur être envisagés.

 

Resolute est le deuxième village le plus nordique du Nunavut (Canada) après la communauté de Grise Fjord et se situe sur la côte sud de l'île de Cornwallis.



Horaires décalées mais prise de routine progressive...

Mardi 30 mars 2010 (jour 5) - Valentine et Ghislain / Manue par téléphone

 

Position géographique : 89° 08’17’’N - 77°44’08’’W
Température de l’air : -30°C (+ vent léger)

Distance parcourue : 7km
Nombre d’heures de progression : 5h45
Nombre de plongées  : 0

 

« Ce matin, nous nous sommes levés à 9h30, car nous nous étions couchés à 1 heure 30 du matin et nous nous sommes fixés de dormir au moins 8 heures par nuit. Nous avons marché pendant 5h45 et parcouru 7 km aujourd’hui, ce qui est déjà un meilleur rythme qu’avant. Nous avons dérivé de 4km vers l’ouest et de 1km vers le nord dans les dernières 24 heures. Nous prenons doucement un rythme d’expédition. Nous avons décidé de nous caler dans des horaires plus disciplinés : 3 heures le matin entre le réveil et le départ, 3 heures le soir entre l’arrêt et le coucher. Entre les deux, nous progresserons régulièrement avec une pause de 5 minutes toutes les 90 minutes. » Ghislain

« Ca va super. Il fait froid un peu mais ça va. Le moral est pas mal, la journée de plongée d’hier a été quelque chose : j’ai pris un peu l’eau mais on va arranger ça. » Manue

Puis Emmanuelle a eu plus envie d’entendre des nouvelles de la météo, des autres expéditions, des emails reçus, de la vie à Resolute, etc. Ils sont tranquillement en train de mieux s’organiser, de trouver un peu chacun leur place et leurs habitudes collectives. Les commandes pour le prochain ravitaillement commence déjà.


Premières plongées et premières sensations sous la banquise.

Lundi 29 mars 2010 (jour 4) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 89° 11’35’’N - 76°22’49’’W
Température de l’air : -27°C (-37°C avec le vent)

Distance parcourue : pas de progression car journée de plongée, légère dérive vers l’ouest en 24 heures.
Nombre d’heures de progression : 0h
Nombre de plongées  : 2

 

Ce soir, 20h15 locale :
« Voici notre position aujourd’hui, nous avons dérivé légèrement vers l’ouest depuis les dernières 24 heures. Ce matin, nous étions dans le brouillard et cet après-midi, nous avions une couverture nuageuse de 2/8. Nous avons pu plonger pour la première fois de l’expédition aujourd’hui. Alban et Emmanuelle ont fait la première plongée, Ghislain, Samuel et Benoit ont fait la seconde. Cela a été très difficile, mais nous sommes sûrs que cela va devenir plus gérable en s’organisant mieux et en trouvant nos marques. Par contre, le spectacle sous-marin est au rendez-vous, la visibilité est incroyable, il y a des cristaux dans tout les sens, nous avons même vu du krill (ce que je n’avais jamais vu encore), c’est extraordinaire là-dessous. Là, nous sommes entrain de nettoyer le matériel de plongée, cela prend beaucoup de temps. Demain, nous repartons en progression, direction le Sud ».
Ils ont vécu une sacrée expérience aujourd’hui et cela se ressent dans la voix de Ghislain. Ils ont l’air émerveillé par le spectacle observé mais ont aussi eu des difficultés à organiser cette journée. C’est la première en plongée, ils en ont tiré des enseignements et vont donc adapter leur planning et leur organisation. On sent de la fatigue ce soir, après toute la logistique autour des 2 plongées, on ressent aussi les « merveilles » observées...


Petite gelure, petit souci et excellent moral !

Dimanche 28 mars 2010 (jour 3) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 89° 11’40’’N - 76°07’04’’W (estimé selon distance parcourue).
Température de l’air : -35°/-38°C (-50°C avec le vent ce matin)

Distance parcourue : 4 km, pas mal de reliefs à passer.
Nombre d’heures de progression : 4h
Nombre de plongées  : 0

 

Ce soir, à 21h locale :

« Aujourd’hui, nous avons commencé à progresser seulement vers 15 heures. En effet, en rangeant ma pulka ce matin, on a eu un petit souci : je me suis aperçu que la lentille de mon caisson sous-marin s’était décollé. Cela nous a pris près de 3 à 4 heures pour la recoller. Nous sommes donc repartis vers 15 heures. Nous avons marché 4 heures et fait 4 kilomètres. On vient de monter le camp. Samuel a eu une petite gelure ce matin au niveau du pouce, cela a disparu maintenant et tout va bien mais nous sommes extrêmement vigilants pour les gelures et pour le matériel. Ils semblent que le terrain soit un peu moins chaotique maintenant, au moins pour les quelques prochains miles nautiques (env. 3heures de marche) que je peux voir. Nous pensons peut-être plonger demain, il reste encore à sonder la glace pour confirmer cela ».

Le moral est très bon ce soir, tout va bien, ils disent aussi être de plus en plus efficaces à monter le camp et semblent commencer à trouver certaines habitudes. Ils ont dérivé de 900 mètres vers le sud pendant la nuit. Notre météorologue leur a proposé de se diriger peut-être un peu vers l’Est pour trouver un « lead » regelé depuis peu de temps, ce qui leur permettrait peut-être d’avoir « une autoroute » (moins de crêtes de compression, plus de terrain « plat »).

Vous pouvez retrouver le reportage réalisé par Loïc Etevenard sur la préparation de "Deepsea Under the Pole by Rolex" à Tignes et à Bessans en décembre 2009 (diffusé dans l’émission « Thalassa » le 19 Mars sur France 3) dans notre page « Médias ».



Premières photos en direct de la banquise !

Samedi 27 mars 2010 (jour 2) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 89°13’50’’N - 76°07’04’’W
Température de l’air : -35°C (pas de vent)

Distance parcourue : 4,19km
Nombre d’heures de progression : 5h40
Nombre de plongées  : 0

 

Ce soir, conversation avec eux à 20h10 heure locale:
"Tout va bien. Nous avons marché 5h40 aujourd'hui et fait 4.19 km (chiffre à confirmer car mauvaise réception à ce moment là). Nous avons passé un lead (voie d'eau dans la banquise) large de 70 mètres en ramant, tout s'est bien passé mais cela a été un peu éprouvant. Nous avons également passé quelques crêtes de compression et nous avons vu un phoque. Il fait -35°C et pas de vent. Le moral est bon, quelques gelures sans gravité aux mains et aux pieds, le groupe électrogène nous réchauffe et nous sèche. Nous sommes déjà nettement plus efficace lors du montage du camp".
Ce soir, l’équipe nous a fait le plaisir d’envoyer quelques photos pour illustrer la newsletter. Nous sommes très heureux de cela. Ils ont bon moral et ont l’air d’être en pleine phase d’acclimatation au froid. Ils ont des températures qui sont « assez clémentes » pour cet endroit de la planète. Wayne, notre météorologue, prévoit une très bonne météo pour eux Dimanche et Lundi (froid et beau, sans vent).


Moment grandiose pour expédition unique !

Vendredii 26 mars 2010 (jour 1) - Valentine et Ghislain par téléphone

 

Position géographique : 89°23’00’’N - 76°08’01’’W
Température de l’air : -37°C (pas de vent)

Distance parcourue : 3,3 km
Nombre d’heures de progression : 2h
Nombre de plongées  : 0

 

Après une nuit où chacun a savouré sa couette et la chaleur ambiante d’une chambre, nous dégustons un petit-déjeuner digne de tout ceux qui ont précédé depuis notre arrivée dans cette province du Nunavut ! Décidément, les estomacs partent sans manquer de rien...
Le sourire est sur tous les visages, l’ambiance euphorique, chacun s’est largement préparé à ce jour mais aujourd’hui...Il est arrivé !
Nous partons donc pour l’aéroport d’Euréka ; après quelques photos et quelques rangements de sacs, nous (re)montons dans le DC3, pour qu’enfin il nous emmène au point final (mais serait-ce plutôt le point de départ ?). James Haffey (pilote), Chuck Champoux (co-pilote) et Dustin Booth (steward) nous font un accueil super chaleureux de nouveau. Peu de gens ont fait le vol que nous nous apprêtons à faire, cela crée des liens forts entre ce trio et notre équipe.
Un dernier « au revoir pour plus de 2 mois » à la terre ferme, un décollage dans les règles de l’art et nous voila dans les airs pour environ 4 heures de spectacle grandiose. Chacun commence par regarder dans le hublot, pensif, se demandant un peu à quoi ressemblera la fin de cette journée pas banale, puis finalement, on sort la carte, le GPS, on suit le trajet précisément, certains en profitent pour grappiller un peu de sommeil, d’autres filment, prennent des photos ou encore se faufilent dans la cabine de pilotage pour voir la terre, puis la banquise à 180° ! Le vol permet aussi de se faire une idée sur l’état de la glace entre le nord d’Ellesmere et le pôle. Nous sommes un peu plus à l’ouest que la route qu’ils devraient emprunter mais déjà les différences se dessinent. Entre 84°N et 86°N, la glace est nettement plus morcelée pour l’instant. A partir de 86°, nous observons une belle glace, quelques leads (superbes) et nous sommes tous très heureux d’être là. Reste une inconnu : Où le DC3 va-t-il pouvoir se poser ?
En effet, cela reste toujours un mystère jusqu’au bout. Un autre avion (le Twin otter, plus petit et donc plus léger que le nôtre) est parti à l’aube ce matin pour repérer les lieux, l’état des glaces et les possibilités d’atterrissage. Nous attendons évidemment tous son appel et son compte-rendu. Il se posera où il considère que cela est sécuritaire, au plus proche du pôle bien sur. Pendant ce temps, nous faisons route vers celui-ci. Nous y sommes presque et là enfin, des nouvelles ! Il est au pôle nord et nous informe que la glace est trop morcelée, que le secteur n’est pas praticable pour nos avions ; même lui ne peut se poser ! Cela serait donc trop dangereux pour nous de tenter quoi que ce soit. Si même nos pilotes (22 ans d’éxpérience !) n’y vont pas, nous leur faisons une entière confiance et nous en remettons bien sur entièrement à leurs expériences. La sécurité prime sur notre désir de démarrer l’expédition là-bas et nous le touchons déjà tellement du doigt.
Les pilotes recommandent une zone un peu plus au sud (environ 65 km au sud du pole) où le Twin a pu se poser et nous attend. Le timing est important : en effet, les pilotes du Twin Otter doivent éteindre le moteur en nous attendant (de façon à conserver assez de carburant pour le retour) ; il fait entre -35 et -40°, ils ne peuvent donc pas attendre longtemps.
A partir de 12h30, le DC3 est en vue du Twin Otter, fait plusieurs approches superbes de la banquise, et finalement trouve sa « piste » improvisée.
Il est 13 heures, nous sommes à 89°25’03’’N * 76°08’01’’W : la joie est intense, les sourires larges, l’émotion à son comble...Plus un mot dans l’avion, chacun rassemble son équipement pour descendre et comme si on n’osait pas fouler ce sol vierge... personne ne se lance rapidement. On respecte tant le lieu, on l’a tellement attendu et il représente le début d’une superbe aventure...On a tellement envie de l’écrire que les pas s’affirment et le premier se lance, suivi des 7 autres assez rapidement. Exactement 15 minutes plus tard, les traîneaux sont déchargés, les formalités de sécurité effectuées, les photos prises et les « au revoir » commencent. « Prenez soin de vous », « Félicitations », « C’est extraordinaire » disent ceux qui repartent comme ils sont venus. « A très bientôt », « Merci d’être avec nous », « vous nous manquerez » disent les autres. Beaucoup d’émotions, peu de mots, des accolades fortes et sincères, une séparation préparée, désirée mais on la ferai durer quelques minutes de plus sans problème. Le pilote nous presse, on se crie les dernières recommandations « profitez à fond ! » et la porte se referme.
De l’intérieur de l’avion, l’émotion est grande, nous les regardons en décollant, ces 8 silhouettes rouges, faisant de grands au revoir. Nous tentons de leur rendre par les petits hublots gelés, ils le savent (sans nous voir), c’est le principal.
Ils sont préparés, ils sont heureux d’être là, ils sont ensemble, ils font plaisir à voir.
Après un vol retour tout aussi magique que l’aller, nous avons pu les joindre ce soir (22h30 locale) : « Tout va bien. Nous avons marché 2 heures après l’arrivée, nous avons fait 3,3km vers le sud. Quelques-uns ont eu un peu froid aux pieds mais vite réchauffés. Ce soir, tout le monde est heureux d’être là, nous sommes dans nos sacs de couchage, il fait -37°, pas de vent, nous sommes contents, c’est une température plutôt clémente pour démarrer. Nous avons bien sur besoin de retrouver les habitudes acquises aux entraînements mais tout va bien. Nous avons même dérivé de 500 mètres vers le Sud depuis que nous avons monté le camp ! » Ghislain Bardout.
Moral au beau fixe, heureux du départ, quelle journée extraordinaire, que de découvertes, de beautés naturelles, qu’il serait triste qu’ils en soient les derniers témoins.


« J’ai (re)trouvé Eurêka, 10 ans après ... »

Jeudi 25 mars 2010 (Euréka) - Thierry Robert

 

Position géographique : 79°59’ 19’’ N 85°56’ 19’’ O
Température de l’air : -35°C (ressenti à -40°C avec l’effet du vent)

Le DC3 de Kenn Borek Air, Unaalik Inc. a décollé à 6h00 précise ce matin de Resolute Bay dans un boucan d’enfer avec à son bord les 10 membres de notre équipe et Kayak, pas rassuré ainsi que 1100 kilos de pulkas. Merci encore Jeff pour le formidable accueil au Qaussuittuq ! 2h 30 plus tard, nous arrivions à Eureka, sur l’île d’Ellesmere, par 80° Nord pour refueler. La météo n’est pas bonne au pôle, et à l’instar du Twin-Otter qui nous précède pour préparer la piste d’atterrissage, nous nous arrêtons ici. Nous allons devoir patienter, je savoure en moi-même avec plaisir le fait que la route du pôle ne s’offre pas comme ça, au premier venu !
En fait de premier venu, je suis déjà passé ici, et je retrouve avec émotion la mythique « Weather Station » où j’avais séjourné 5 jours, il y a 10 ans, en compagnie de Pascal Fayolle, photographe de Sipa Presse, Karl Zberg, notre pilote, cador parmi les cadors et Alex Sirros, son co-pilote lors du rescue de La Grande Traversée – Sibérie / Canada d’Arnaud Tortel et Rodolphe André en 2000.
Les vieux bâtiments sont toujours là, abandonnés, mais la nouvelle station, juste en face de l’ancienne ressemble à un gigantesque module lunaire. Nous pénétrons dans un sas qui pourrait contenir un camion, avant d’atteindre l’entrée où déposer nos vêtements, bottes et gants. Une dizaine de scientifiques se relaient ici toute l’année, dans ce poste de recherche météo, le plus au nord du Canada. Nous pénétrons là-dedans guidés par Rai, le manager de la base. J’ai l’impression de visiter la station spatiale internationale. Il attribue les chambres et nous brieffe sur les règles de vie. Rares sont ceux qui ont la chance de s’arrêter ici. Rai était déjà là il y a 10 ans, ainsi qu’André, mais à l’époque, je ne les ai pas vus, ni l’un ni l’autre. Ici on ne reste pas toute l’année, un turn-over de 3 ou 4 mois, pour 3 ou 4 mois de vacances.
Rai nous invite à nous installer dans le réfectoire chaleureux. Au menu de notre petit déjeuner, fruits frais, ananas, fraises, framboises, melon, nous n’en revenons pas de trouver de tels produits ici en telle abondance ! Une cuisine High-Tech, des plats de toutes sortes, aux senteurs délicieuses. Nous nous régalons avant d’aller marcher sur le fjord gelé, s’imprégner du silence et d’une beauté à couper le souffle. Les montagnes tout autour sont comme pétrifiées. Nous savourons chaque minute, plein les yeux. Heureux !
Nous découvrons des traces sur la glace qui ne trompent pas. Une meute d’une vingtaine de loups blancs arctiques vit non loin autour de la base.
Nous pourrions rester ici des années, si ce n’est le prix ! Pratiquement 500 Cdn $ par personne et par jour, évidemment justifiés par l’inaccessibilité du lieu.

Mon vieux Pascal, une pensée pour toi et les copains : « Le prix a doublé en 10 ans, mais les cookies sont toujours aussi fantastiques ! »
Demain, le Pôle sera à nous !

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